Un contrat serait sur en discussion entre le Mali et l’armée privée russe Wagner, selon des informations circulant lundi ; délicat dans un pays où l’armée française mène des opérations contre les djihadistes.

Drapeaux russes et maliens lors d’une manifestation antifrançaise à Bamako en mai 2021.
Drapeaux russes et maliens lors d’une manifestation antifrançaise à Bamako en mai 2021. © AFP / Michele Cattani / AFP

Peut-il y avoir dans le même pays des militaires français et des mercenaires russes ? A Paris, la réponse est clairement « non » ! La question n’est pas hypothétique : une information de l’agence Reuters lundi a fait grand bruit : le gouvernement malien serait sur le point de signer un contrat avec la société russe Wagner, une armée en principe privée, mais, de fait, liée au Kremlin.

Du côté français, on nous assure que ce contrat ne se fera pas, et on ajoute mystérieusement qu’on a fait ce qu’il fallait pour. Côté malien, c’est le silence radio ; et du côté de Wagner, eh bien il n’y a rien puisque, officiellement en Russie, Wagner n’existe pas !

Wagner, pourtant, existe bel et bien, sous la direction d’Evgueni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine. Ses combattants, russes à l’origine mais aujourd’hui de plusieurs nationalités, sont payés pour aller se battre, et parfois mourir, sur des fronts où la Russie a des intérêts : Dans le Donbass ukrainien, en Syrie, dans l’Est de la Libye, un temps au Soudan et au Mozambique, et, depuis 2017 dans la guerre civile centrafricaine, à la fois sa vitrine mais aussi source de revenus avec des contrats miniers.

On constate depuis plusieurs années un redéploiement international de la Russie voulu par Poutine, et qui utilise le seul outil à sa disposition, son armée. Le recours à Wagner pour les combats et les coups tordus permet à Moscou ce qu’on appelle dans le jargon la « plausible deniability », le « démenti plausible », auquel personne ne croit mais qui sauve la face.

Au Mali, il y a une équation compliquée de guerre contre le djihadisme, de coups d’état militaires à répétition, et de relations sensible avec la France, ancienne puissance coloniale et donc à l’image vulnérable. La Russie tente de s’implanter dans cette partie de l’Afrique en menant une guerre de l’information contre la présence française, et en profitant de l’instabilité.

Issu d’un double coup d’état militaire, l’actuel pouvoir malien négocierait un accord à la centrafricaine, protection rapprochée des dirigeants et formation, pour quelque 10 millions de dollars par mois. Les dirigeants maliens montreraient ainsi leur indépendance vis-à-vis d’une présence française trop pesante.

Lorsque Wagner a été invité en Centrafrique, la France a suspendu sa coopération militaire avec ce pays. La situation au Mali, avec la guerre contre les djihadistes et la présence de plus de 5000 soldats français dans la zone sahélienne, ne permet pas la même volte-face.

Cette affaire Wagner survient à un mauvais moment, alors que la France se prépare à modifier son dispositif militaire sans pour autant se retirer. Mais l’échec américain en Afghanistan a fait naître des doutes sur toutes les opérations militaires occidentales, que Paris s’efforce de dissiper.

La France, avec son passé colonial, son recours, elle aussi autrefois, à des mercenaires comme Bob Denard pour faire le sale boulot de la Françafrique, n’est pas toujours entendue comme elle l’aimerait ; surtout quand les résultats militaires ne sont pas au rendez-vous. 

Mais Paris ne manque pas d’arguments pour dissuader Bamako de recourir à des mercenaires russes, dont l’arrivée pourrait plonger le Mali dans plus de confusion encore.

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