Joe Biden qui a voulu ce sommet alors qu’il n’a pas ménagé Vladimir Poutine depuis son élection. Au mieux, ils s’entendront sur la manière d’être en désaccord…

Tout est prêt à la Villa La Grange, à Genève, pour accueillir le premier sommet Biden-Poutine, ce jeudi 16 juin.
Tout est prêt à la Villa La Grange, à Genève, pour accueillir le premier sommet Biden-Poutine, ce jeudi 16 juin. © AFP / PETER KLAUNZER / POOL / AFP

La seule certitude : le sommet Biden-Poutine sera l’antithèse du premier sommet entre le Président russe et Donald Trump en 2018 à Helsinki. Le seul point commun sera la neutralité du lieu, Genève plutôt que la capitale finlandaise ; mais pour le reste, le spectacle d’un président américain alors visiblement dominé par le maître du Kremlin a traumatisé Washington. Joe Biden est conscient du piège.

C’est le Président américain qui a voulu ce sommet, et c’est en soi un élément important. Joe Biden n’a pas ménagé Vladimir Poutine depuis son arrivée à la Maison Blanche -souvenez-vous, il l’a même traité de « tueur »…- ; et pourtant il n’a pas perdu de temps pour organiser ce premier sommet russo-américain.

Par contraste, rien n’est prévu pour l’heure avec la Chine, pourtant le principal rival ; rien depuis une rencontre explosive, en Alaska en mars, entre le Secrétaire d’État Anthony Blinken et le responsable chinois des affaires internationales, Yang Jiechi. Depuis, Washington fait monter la pression sur Pékin, sur tous les sujets.

La différence de traitement entre Russie et Chine tient en partie au fait qu’entre les États-Unis et la Russie, il y a un important agenda de désarmement hérité de la guerre froide. Dès son arrivée au pouvoir, Joe Biden a proposé à Moscou de prolonger de cinq ans le traité de réduction des armes nucléaires New Start, qui devait expirer cette année.

Même s’il n’y a aucune sympathie entre Moscou et Washington, il y a un héritage historique, celui de la dissuasion nucléaire, que Biden et Poutine connaissent bien. Cette culture de négociation Est-Ouest n’existe pas avec la Chine, superpuissance beaucoup plus récente.

Cet agenda commun ne rendra pas la discussion Biden-Poutine plus amicale, les deux pays ont beaucoup de reproches à se faire ; mais il change la nature de la relation : on a l’habitude de s’opposer sans franchir le rubicon. La liste des sujets qui fâchent est pourtant longue : cyberattaques, Ukraine, Biélorussie, Navalny, sanctions…

Dans ce face à face, il y aura la forme -chacun voudra repartir la tête haute-, et le fond, c’est-à-dire au mieux, s’entendre sur la manière d’être en désaccord. Il n’y aura pas de miracle, les conditions ne sont pas remplies.

Joe Biden est encore dans la phase où il doit rétablir la crédibilité de l’Amérique après les années Trump. A Pékin comme à Moscou, on est convaincu que l’Occident est en déclin ; le président américain doit les persuader du contraire.

La scénographie du Sommet a été préparée dans ce but : en se rendant d’abord au G7, à l’Otan et à l’Union européenne, Joe Biden a voulu montrer que son « camp » était uni et solide – au risque d’agacer ceux de ses alliés qui n’ont pas nécessairement envie d’être engagés dans un nouveau bloc. Emmanuel Macron a laissé filtrer un peu de cet agacement mardi, à l’issue du sommet de l’Otan.

Dans le grand théâtre de la diplomatie, le Sommet de Genève constitue un moment fort dans l’émergence de nouveaux rapports de force. Étape suivante : la Chine, LE rival stratégique du XXI° siècle, un enjeu plus complexe, plus existentiel aussi, pour les équilibres mondiaux.

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