Ils ont gouverné l'Afghanistan entre 1996 et 2002 et ont laissé un sinistre souvenir. Les Talibans ont-ils changé et à quoi ressemblera le régime qu'ils songent à mettre en place ?

Le porte-parole taliban Zabihullah Mujahid lors d’une conférence de presse à Kaboul, Afghanistan, 17 août 2021
Le porte-parole taliban Zabihullah Mujahid lors d’une conférence de presse à Kaboul, Afghanistan, 17 août 2021 © AFP / Agence Anadolu Sayed Khodaiberdi Sadat

A-t-on une idée de ce à quoi ressemblera un gouvernement taliban ? 

Il y a deux façon de tenter de répondre : en regardant la façon dont ils ont déjà gouverné et en les prenant au mot. 

Entre 1996 et 2002, les Talibans ont navigué entre deux écueils : d'abord ils méprisaient la société tribale traditionnelle. C'était une de leur promesse de conquête du pouvoir : en finir avec le clanisme et le partage ethnique du pouvoir qui avait abouti à la guerre civile des années 1990. 

Ensuite, ils refusaient à l'époque de s'appuyer sur un Etat structuré et une administration civile. Pour eux, toute institution créée en dehors de la charia était illicite. Il y avait des ministères et une bureaucratie mais faibles et avant tout inspirées de l'Islam. L'essentiel de leur administration consistait en tribunaux islamiques et écoles coraniques.

Un "gouvernement islamique et inclusif" ?

Les références à l'Islam et à la charia sont au cœur du mouvement taliban et surtout, elles sont perçues comme la seule chose unifiant un pays fait de nationalités différentes. Qu'est-ce qui uni Pachtounes, Ouzbeks, Tajiks et même Hazaras chiite ? L'Islam.

Mais les Talibans ont fait passer deux messages depuis leur prise du pouvoir : qu'ils comptaient diriger un "gouvernement islamique inclusif" et qu'ils amnistiaient l'ensemble des fonctionnaires travaillant pour l'administration précédente.

Ils ont, de plus, entamé des négociations avec d'anciens haut-responsables politiques, comme l'ancien président Hamid Karzaï ou l'ancien Premier ministre Abdullah Abdullah, les deux réunis au sein d'un Haut conseil pour la réconciliation nationale.

Que s'est-il passé ? Les Talibans ont compris que leur réticence des années 2000 à créer un Etat leur a coûté très cher : sans ancrage administratif ou territorial autre que leurs communautés d'origine, leur éviction par les Américains a été d'autant plus simple.

En clair, les Talibans d'aujourd'hui veulent perdurer et donc installer un régime à leur main. Au fond, ils ont en tête la résilience du régime de la République islamique d'Iran voisine qui est fermement installé au commandes du pays depuis plus de 40 ans.

Qui sont leurs dirigeants ?

Contrairement à d'autres mouvements djihadistes, il n'existe pas de branche politique distincte de la branche militaire. Par contre, une équipe composée de quelques leaders a, des années durant, a été chargée des négociations avec l'étranger depuis l'étranger.

Concrètement, depuis la représentation permanente des Talibans au Qatar. En leur sein, il y a un « primus inter pares » : Abdul Ghani Baradar, qui a négocié l'accord de février 2020 avec les Américains et qui est rentré dimanche en Afghanistan.

On le dit pragmatique et plutôt ouvert à toutes les négociations. Ce qui est certain, c'est qu'on lui doit tous les compromis et promesses passés avec les pays qui, demain, pèseront sur l'avenir du pays : Iran, Russie, Chine, Pakistan et même Etats-Unis.

C'est lui qui a promis de ne pas faire de son Emirat islamique un havre pour les djihadistes internationaux et encore moins pour l'Etat islamique, l'ennemi mortel. 

Maintenant, le plus difficile commence : gérer un pays complexe de 40 millions d'âmes.

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