Après le missile chinois, c’est la Corée du nord qui teste un missile lancé à partir d’un sous-marin, comme l’avait fait le mois dernier la Corée du Sud. La région s’arme, imperturbablement, pour imposer de nouveaux rapports de force.

Un homme regarde à la télévision sud-coréenne les images du lancement du missile nord-coréen à partir d’un sous-marin, mardi 19 octobre 2021.
Un homme regarde à la télévision sud-coréenne les images du lancement du missile nord-coréen à partir d’un sous-marin, mardi 19 octobre 2021. © AFP / Anthony WALLACE / AFP

Après le mystérieux missile chinois, voici le missile nord-coréen tiré hier à partir d’un sous-marin… Le régime nord-coréen aime à se rappeler régulièrement au bon souvenir de ses voisins en procédant à des tests d’armements qui sont autant de violations flagrantes des résolutions de l’ONU, ce qui ne semble guère perturber son leader, Kim Jong-un.

Le moment est en général significatif : cette fois, Pyong Yang a choisi le jour où les responsables des services de renseignement américain, japonais et sud-coréen devaient se réunir à Séoul pour parler de la Corée du nord ; un mois, aussi, après un test similaire de missile balistique tiré à partir d’un sous-marin, conduit par la Corée du Sud. Une technologie que peu de pays au monde maîtrisent.

Puissance nucléaire, la Corée du Nord poursuit imperturbablement son programme de missiles qui en fait une puissance redoutée, résistante aux pressions. L’investissement colossal dans l’armement se fait aux dépens du niveau de vie de la population, mais dans ce régime de communisme dynastique, aucune opposition n’est tolérée.

L’Asie est au centre de la plus importante course aux armements au monde : Chine, Taiwan, les deux Corées, le Japon, l’Inde, jusqu’à l’Australie avec l’épisode des sous-marins... Les États-Unis concentrent eux-aussi dans cette région une force de frappe considérable, destinée à « contenir » la puissance émergente chinoise.

Le jeu régional est des plus complexes. La Chine et la Corée du nord sont par exemple des alliés ambigüs que rapproche une même hostilité à la présence des États-Unis dans leur voisinage. Mais Pékin et Pyong Yang ne sont pas liées par une logique d’alliance comme ça pouvait être le cas à l’époque de la guerre de Corée ; les affinités idéologiques ont moins d’importance que les intérêts communs.

Il est néanmoins significatif que la Chine ait sorti, le 1er octobre, pour sa fête nationale, un film à gros budget qui reconstitue la première bataille entre les armées chinoise et américaine, dans la guerre de Corée, en 1950, le seul affrontement direct entre les deux pays.

Ce film ne risque pas d’apaiser les esprits, la « bataille du réservoir Chosin » est l’une des plus grandes défaites américaines au XX° siècle : l’armée chinoise a pris les Américains par surprise avec un déluge de troupes mal équipées, en pleine nuit, par un froid glacial.

Le film tourne en ridicule le général Mc Arthur, le héros de la guerre du Pacifique, qui a commis une erreur stratégique dans la guerre de Corée en ne croyant pas à l’intervention chinoise pour sauver le régime communiste nord-coréen.

Pour avoir osé questionner sur un réseau social la justification de l’entrée en guerre de la Chine en 1950, Luo Changping, un journaliste chinois a été arrêté début octobre ; et le quotidien nationaliste « Global Times » a qualifié tout remise en cause du sacrifice des soldats chinois de « blasphématoire ».

Lorsque la guerre suscite un vocabulaire religieux, il n’y a plus de place pour la raison : dans un tel climat, la course aux armements, de tous les côtés, recevra bien sûr toute la légitimité nécessaire. Pour le meilleur, ou pour le pire.

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