L’UEFA a interdit à Munich d’illuminer son stade aux couleurs arc en ciel ce soir : il s’agissait de protester contre des lois homophobes adoptées à Budapest. 13 pays européens les ont condamnées hier.

Manuel Neuer, le gardien de l’équipe allemande, sera autorisés à porter son brassard arc en ciel ce soir face à la Hongrie à Munich.
Manuel Neuer, le gardien de l’équipe allemande, sera autorisés à porter son brassard arc en ciel ce soir face à la Hongrie à Munich. © AFP / CHRISTIAN CHARISIUS / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

L’UEFA, l’instance de gouvernance du football européen, n’a pas rendu service à Viktor Orban, le premier ministre hongrois, en interdisant l’illumination du stade de Munich aux couleurs arc en ciel, ce soir, pour le match Allemagne-Hongrie. La décision a déclenché un vif débat autour de la position de l’UEFA et de la question rituelle sport-et-politique, qui aura sans doute un effet boomerang ce soir à Munich. 

Mais elle a surtout focalisé l’attention sur les lois homophobes récemment adoptées en Hongrie, et qui sont à l’origine de la controverse.

Le Parlement hongrois, contrôlé par le parti Fidesz de Viktor Orban, a adopté la semaine dernière une série d’amendements interdisant aux homosexuels de figurer dans du matériel éducatif pour enfants, ou dans des programmes télé destinés aux moins de 18 ans, considérés comme de la promotion de l’homosexualité ou du changement de genre. Ces amendements complètent une loi de lutte contre la pédophilie, créant ainsi un amalgame avec l’homosexualité.

Le vote du parlement hongrois a déjà suscité des manifestations à Budapest, et provoque désormais une fracture au sein de l’Union européenne. 

Une de plus avec la Hongrie : la Commission européenne a déjà déclenché une procédure contre Budapest sur la question du respect de l’état de droit par la Hongrie. Mais il s’agit cette fois des valeurs communes, contenues dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, adoptée avec le traité de Nice en 2000.

Hier, 13 pays de l’Union ont publié une déclaration commune contre les lois hongroises homophobes, condamnant ce qu’elle qualifie de « forme flagrante de discrimination fondée sur l’orientation, l’identité et l’expression sexuelles ». Elle affirme que l’Union ne peut pas transiger sur ces principes.

C’est une démarche exceptionnelle entre Européens, qui témoigne de l’exaspération que suscite le comportement du premier ministre hongrois Viktor Orban, et sa dérive qui évoque plus la Russie de Poutine que les valeurs libérales auxquelles il a pourtant apposé sa signature.

Mais il n’est pas seul sur cette position : il n’y a que treize pays au bas de ce communiqué, pas 26. Et la division est révélatrice : les signataires sont les pays d’Europe de l’Ouest et du Nord, -France, Allemagne, Espagne, les Scandinaves et les États baltes…, mais pas ceux d’Europe centrale et orientale, qui n’ont pas voulu condamner leur voisin hongrois.

L’acceptation de l’homosexualité est devenue un marqueur sociétal qui divise l’Europe, mais qui divise aussi au sein des sociétés de l’ancien monde communiste. En Hongrie, en Pologne ou en Roumanie, il existe un clivage entre les grandes villes ouvertes, et le reste du pays, plus conservateur, plus influencé par les religions aussi, catholique ou orthodoxes unis contre une évolution jugée inacceptable.

La Hongrie ose légiférer car Viktor Orban ne redoute pas les polémiques dont il se nourrit ; d’autres font la même chose en silence. L’Europe se devait de rappeler les principes qui sont censés unir les 27, et qui ne sauraient faire le grand écart auquel se livre une partie du continent. 

Au stade de Munich ce soir, à défaut d’illumination, il y aura au moins le brassard arc en ciel du gardien allemand Manuel Neuer pour sauver l’honneur, et incarner une Europe sans discriminations.

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