L’ancien Président a été condamné à quinze mois de prison pour outrage à la justice. La justice a joué son rôle face à un scandale historique de corruption qui a secoué l’Afrique du Sud.

Jacob Zuma lors d’un Congrès de l’ANC en 2017, alors qu’il était toujours président, et qu’il se battait déjà contre les accusations de corruption.
Jacob Zuma lors d’un Congrès de l’ANC en 2017, alors qu’il était toujours président, et qu’il se battait déjà contre les accusations de corruption. © AFP / GIANLUIGI GUERCIA / AFP

Il y a deux manières de regarder la condamnation de Jacob Zuma à quinze mois de prison ferme. 

La première est de saluer l’indépendance de cette justice sud-africaine qui condamne sans sourciller un ancien président issu du parti qui est toujours au pouvoir, et qui lui donne même cinq jours pour se présenter à la police sous peine d’arrestation.

La seconde est de constater à quel point les héritiers de Nelson Mandela à la tête de l’Afrique du Sud ont dilapidé son héritage politique ; et Jacob Zuma a, de ce point de vue, une responsabilité accablante.

Sa condamnation à quinze mois de prison, par la Cour constitutionnelle, n’est qu’une goutte d’eau par rapport à ce que risque l’ex-Président. Il est simplement accusé d’outrage à la justice pour avoir refusé de se présenter devant une commission d’enquête sur la corruption pendant ses années au pouvoir. Mais il a d’innombrables autres affaires aux trousses, infiniment plus graves.

Président de 2009 à 2018, Jacob Zuma est accusé d’avoir mis en place un système de corruption surnommé en Afrique du Sud « State Captur », ou « Capture de l’État ». Il avait en quelque sorte donné les clés de l’Afrique du Sud à des frères d’origine indienne, les Guptas, pour siphonner autant de ressources qu’ils pouvaient.

Ces magouilles ont été révélées par des enquêtes de la presse sud-africaines, et ont secoué l’Afrique du Sud, jusqu’à provoquer le changement de président par la direction du Congrès national africain, l’ANC, le vieux parti historique de Mandela.

Jacob Zuma a toujours nié qu’il y ait eu un système de « capture de l’État » ; mais en refusant de se rendre devant la Commission Zondo chargée d’enquêter, il a créé une situation politiquement et juridiquement impossible, qui arrive aujourd’hui à son épilogue. La décision de la Cour avait valeur de test.

Jacob Zuma va-t-il se présenter à la police ? Ça n’est pas vraiment dans sa nature. Agé de 79 ans, il a passé dix ans au pénitencier de Robben Island pour son rôle dans l’action clandestine contre l’apartheid ; il appartient à cette génération qui considère que ses sacrifices pour la libération du pays lui donnent tous les droits.

Il est de surcroit retranché dans son fief du pays zoulou, où la population lui reste fidèle, il sera difficile de le déloger. 

Cette affaire illustre la dérive de l’Afrique du Sud après l’effacement de Nelson Mandela. Jacob Zuma a usé d’une fibre populiste pour évincer Thabo Mbeki, le successeur du dirigeant historique ; mais son règne a marqué la fin des illusions pour de nombreux Sud-Africains.

A la tête du pays aujourd’hui, Cyril Ramaphosa, l’ancien négociateur de la Constitution qui mit fin à l’apartheid, tente un difficile équilibre entre nettoyer le système de corruption de Zuma, et éviter une crise au sein de l’ANC où l’ancien président conserve ses soutiens. 

Il doit encore convaincre les Sud-Africains, aux prises avec une grave crise économique et sanitaire, qu’il pourra réellement rétablir un gouvernement honnête et efficace, après les années Zuma qui ont sapé la légitimité du parti de Nelson Mandela. Il y va de l’avenir de la première puissance du continent africain.

Contact