Le Président turc a rencontré Vladimir Poutine cette semaine à Sotchi, et a annoncé que le deux pays allaient coopérer sur des programme d’armement, de quoi sérieusement agacer Washington ; mais Ankara joue son jeu d’équilibriste.

Recep Tayyip Erdogan a rendu visite à Vladimir Poutine à Sotchi jeudi 29 septembre.
Recep Tayyip Erdogan a rendu visite à Vladimir Poutine à Sotchi jeudi 29 septembre. © AFP / Mustafa KAMACI / TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE / AFP

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan est un équilibriste. Suivre ses aventures diplomatiques et militaires peut donner le tournis, tant il est capable de changer brusquement de posture ou d’en adopter plusieurs à la fois. En fait, la Turquie d’Erdogan est emblématique d’une période de recomposition géopolitique, dans laquelle les alliances peuvent être remises en cause -nous l’avons vu récemment en Australie-, et les appétits de puissance longtemps refoulés s’expriment au grand jour.

Hier, le président turc se trouvait à Sotchi, en Russie, pour rencontrer un homme dont on ne sait s’il est son partenaire ou son adversaire, ou les deux à la fois : Vladimir Poutine. La Russie et la Turquie s’opposent dans le nord-ouest de la Syrie ou en Libye ; mais les deux dirigeants ont toujours trouvé le moyen de s’entendre, en général sur le dos des Américains.

Erdogan a quitté Moscou avec une annonce qui a dû sévèrement agacer à washington : la Turquie et la Russie envisagent de coopérer dans la production d’avions de combat et de sous-marins, et Ankara va acheter un deuxième lot du système de défense anti-aérienne russe S-400.

En fait, Erdogan est en permanence en train de tester les rapports de force. L’achat du premier lot de S-400 a valu à la Turquie, du temps de Donald Trump, des sanctions américaines, et en particulier son exclusion du programme de l’avion de combat américain F-35. Le Président turc espérait amadouer Joe Biden, mais le Président américain lui a refusé un rendez-vous le mois dernier, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Erdogan pose aux Américains un problème complexe : membre de l’OTAN, l’alliance dirigée par Washington, il mène depuis quelques années sa stratégie autonome, sans coordination avec ses alliés. Il est intervenu militairement en Libye, en Syrie, en Irak, auprès de l’Azerbaidjan dans sa guerre avec l’Arménie, il est présent à Kaboul auprès des talibans quand l’OTAN est parti après sa défaite, la liste est longue…

Hier, officieusement, l’OTAN critiquait l’annonce des programmes d’armements avec Moscou ; mais officiellement rien ne se passe, l’alliance atlantique vit avec cette contradiction permanente.

La France avait tenté de poser la question turque à l’OTAN : c’est en pensant à elle qu’Emmanuel Macron avait déclaré fin 2019 au magazine « The Economist » que l’OTAN était « en état de mort cérébral ». La formule avait choqué, mais le Président français avait voulu mettre l’alliance face à ses contradictions. Il n’y était pas arrivé, l’Amérique a la tête en Chine…

La France a rendu la situation un peu plus complexe en signant, il y a quelques jours, un partenariat stratégique avec la Grèce, contenant une clause de solidarité en cas d’agression. Quel pays est aujourd’hui visé par une telle clause ? La Turquie, évidemment. Or la France, la Grèce et la Turquie font partie de la même alliance.

Cette confusion générale ne pourra pas durer éternellement. Aujourd’hui, tout le monde préfère voir la Turquie à l’intérieur de l’OTAN plutôt qu’à l’extérieur, ça limite la casse. Mais ça en dit long sur l’absence de cohérence au sein de cette alliance à un moment de bouleversement des rapports internationaux. Un jour, peut-être, l’OTAN sortira de son coma pour régler ces problèmes.

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