Le Texas a depuis le 1er septembre la loi la plus restrictive sur l’avortement aux États-Unis, un bond en arrière de 48 ans. Mais ce n’est pas le seul endroit sur terre où les droits des femmes sont menacés par une lecture religieuse rigoriste.

Protestation à New York le 1er septembre, contre l’entrée en vigueur de la nouvelle loi restreignant l’avortement au Texas.
Protestation à New York le 1er septembre, contre l’entrée en vigueur de la nouvelle loi restreignant l’avortement au Texas. © AFP / Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

C’est un dessin de presse américain qui relie deux actualités aux antipodes. Deux femmes en burqa dans les montagnes d’Afghanistan, et l’une dit à l’autre : "prie pour les femmes du Texas". 

Ce téléscopage des images ne signifie évidemment pas que les situations sont comparables 

Elles ne le sont pas, en Afghanistan c’est l’ensemble des droits des femmes qui a disparu d’un seul coup avec la victoire des talibans ; mais ce dessin rappelle que les droits des femmes, sous toutes les lattitudes, peuvent être remis en cause.

Au Texas, la majorité républicaine du deuxième État le plus peuplé des États-Unis, a fait faire un bond en arrière de 48 ans à la législation sur l’interruption volontaire de grossesse. Le gouverneur républicain a promulgué une loi interdisant l’avortement au-delà de six semaines, soit la grande majorité des cas ; c’est désormais la législation la plus restrictive aux États-Unis.

Mais surtout, ce qui fait le plus de remous, c’est le fait que la Cour suprême des États-Unis a voté par 5 voix contre 4 pour ne pas bloquer la législation texane, c’est un tournant.

C’est une vieille bataille qui ressurgit : elle avait été tranchée par une décision de la Cour suprême, connue sous le nom de « Roe-VS-Wade », et qui, en 1973, avait arbitré en faveur des femmes, dans ce débat entre les « pro-choix » et les « pro-vie ».

Mais la Cour suprême a connu des changements majeurs ces dernières années, dans un sens conservateur

Donald Trump, l’an dernier, était passé en force pour remplacer la célèbre juge Ruth Bader Ginsburg après son décès, à moins de deux mois de l’élection présidentielle. Pour remplacer cette icone libérale, il avait imposé Amy Coney Barrett, une catholique conservatrice. Le vote d’hier est une victoire politique à retardement pour Donald Trump, tandis que Joe Biden dénonce « une attaque sans précédent pour les droits constitutionnels des femmes ». 

Une fois de plus, donc, la guerre culturelle que se livrent les « deux Amériques », la libérale et la conservatrice, se mène sur le dos des femmes.

Les États-Unis ne sont pas le seul endroit où ça se passe : plus près de nous, la Pologne a elle aussi sérieusement restreint le droit à l’avortement, et la société civile polonaise continue de protester contre cette décision qui, là encore, divise le pays.

En Afghanistan, évidemment, c’est une tout autre ampleur : les talibans veulent l’invisibilité absolue des femmes dans la vie sociale, à l’opposé de la société ouverte qui existait depuis deux décennies, dans les grands centres urbains uniquement, il faut le préciser.

Mais dans tous les cas, c’est au nom d’une lecture rigoriste des textes religieux, toutes religions confondues, qu’on s’attaque aux droits des femmes, conquis en un siècle de combats. C’est par ces combats que des pays où l’emprise religieuse a longtemps été dominante, comme l’Irlande ou l’Argentine, ont fini par légaliser l’avortement.

Mais les clignotants de la régression qui s’allument en ce moment montrent que ce combat n’est jamais définitivement gagné : une leçon pour celles et ceux qui s’interrogeraient sur le sens de l’engagement féministe au 21ème siècle.

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