La résolution 2165 de l’ONU qui autorise un couloir humanitaire sans contrôle dans le nord-ouest de la Syrie est menacée d’un veto russe dans les prochaines heures. Les ONG sonnent l’alarme.

Camp de personnes déplacées dans l’enclave d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, qui dépend totalement de l’aide humanitaire internationale.
Camp de personnes déplacées dans l’enclave d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, qui dépend totalement de l’aide humanitaire internationale. © AFP / Muhammed Said / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

La Syrie a largement disparu de nos écrans radars. Et pourtant, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants continuent de subir les conséquences d’une guerre cruelle, pas tout à fait finie, et en tous cas sans solution politique. C’est, selon Amnesty International, « la pire crise humanitaire de notre temps ».

Le sort de ces populations, qui sont les premières victimes de ce conflit vieux de plus de dix ans, dépend désormais de tractations qui se déroulent dans les prochaines heures aux Nations Unies. L’enjeu est la reconduction de la possibilité pour l’aide humanitaire, y compris des vaccins anti-Covid, d’arriver sans entraves à ceux qui en ont besoin en Syrie ; cette aide est désormais en danger.

En 2014, la résolution 2165 du Conseil de sécurité a autorisé les agences de l’ONU et leurs partenaires à acheminer l’aide humanitaire en Syrie via quatre points de passage sans contrôle. L’an dernier, ça a été limité à un seul point de passage ; cette année, la Russie menace de s’opposer au renouvellement annuel, demain, de cette dernière fenêtre. Les ONG tirent la sonnette d’alarme.

La Russie est le parrain du régime de Bachar el-Assad, et elle a joué un rôle déterminant pour assurer sa survie au plus fort de la guerre civile. En mai dernier, Damas a organisé un simulacre d’élection pour relégitimer le pouvoir d’Assad. 

Aujourd’hui Moscou passe à l’étape suivante en voulant contraindre les humanitaires à passer par le contrôle du gouvernement syrien, là où la résolution 2165 les en dispensait. Il s’agit ainsi d’imposer le fait accompli.

Dans une tribune publiée hier par « Le Monde », les docteurs Ziad Alissa et Raphaël Pitti, deux médecins engagés depuis des années dans l’aide humanitaire aux populations syriennes avec l’UOSSM (Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux), lancent un cri d’alarme : « En tant qu’ONG médicale, nous estimons que les conséquences de la fermeture de ce dernier couloir humanitaire seraient terribles ».

Les deux médecins rappellent que le régime de Damas a utilisé l’arme de la faim lors des sièges de plusieurs villes insurgées, dont Alep-Est et Homs. Or une partie des populations de ces villes sont aujourd’hui réfugiées dans l’enclave d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, principale zone servie par cette aide humanitaire. 

« Comment, écrivent-ils, ces populations pourraient-elles faire confiance à ceux-là même qui les ont bombardées, torturées, affamées il y a encore peu ? Cette alternative n’est tout simplement pas envisageable, c’est notre ligne rouge ! L’indépendance et la neutralité des organisations humanitaires ne sont pas négociables ».

Ils en appellent à la France, membre permanent du Conseil de sécurité, pour qu’elle défende le maintien du couloir humanitaire. Emmanuel Macron aurait évoqué cette question lors de son récent entretien en visioconférence avec Vladimir Poutine.

Mais pour reprendre le mot d’Amnesty international, il est déjà « honteux » que Moscou utilise le sort de millions de personnes pour avancer ses pions dans ce pays sinistré. Il faut espérer que la Russie renoncera finalement à utiliser son pouvoir de véto.

Contact