La Tunisie est frappée de plein fouet par la pandémie, et son système hospitalier est débordé. La société civile compense les carences de l’État, dans un contexte de paralysie politique.

Une femme atteinte du Covid-19 reçoit un soutien en oxygène à l'hôpital Ibn al-Jazzar de Kairouan.
Une femme atteinte du Covid-19 reçoit un soutien en oxygène à l'hôpital Ibn al-Jazzar de Kairouan. © AFP / FETHI BELAID / AFP

Le covid-19 et ses variants servent de révélateur aux défaillances des sociétés, bien plus qu’ils ne les créent. Cette leçon maintes fois vérifiée depuis dix-huit mois, sous toutes les latitudes, est à l’œuvre en Tunisie, pays martyr, à son tour, de la pandémie.

La Tunisie s’en était relativement bien sortie lors des vagues précédentes, mais subit cette fois un assaut brutal qui place son système de santé en état d’effondrement. Tous les indicateurs tunisiens sont au rouge vif, comme on peut le voir sur les données recensées par le site indépendant tunisien « Inkyfada ». Rouge, c’est la couleur que la France donne à la Tunisie, c’est-à-dire qu’elle interdit d’y aller sauf cas d’extrême nécessité.

C’est une tragédie humaine, avec des services d’urgence occupés à 300%, des patients dans les couloirs ou qui ne trouvent pas de place ; le plus fort taux de mortalité du continent africain ; c’est aussi une tragédie sociale dans un pays durement affecté par des années de marasme ; et enfin, économique avec une nouvelle saison touristique sacrifiée et les emplois qui vont avec. 

La solidarité internationale vient au secours de la Tunisie : elle a mis du temps à démarrer, mais elle est aujourd’hui forte. La France et la Chine envoient les doses de vaccins qui font défaut, les voisins maghrébins de la Tunisie fournissent oxygène et respirateurs, tout comme la Turquie et l’Arabie saoudite.

Mais c’est la mobilisation de la diaspora tunisienne qui est aussi impressionnante. La Tunisie compte 1,5 million de ressortissants à l’étranger, dont la moitié en France ; les réseaux sociaux ont fonctionné à plein pour collecter des fonds, envoyer équipement ou médicaments à tel médecin, à tel hôpital ou association.

Car c’est la grande caractéristique de cette aide de la diaspora : elle évite l’État, jugé en faillite, et va directement à la société civile. « Nous sommes en train de suivre la même voie que le Liban après l’explosion du port de Beyrouth où tout le monde demandait de donner aux associations et non à l’État », déclarait dans « Le Monde » hier le fondateur d’une ONG tunisienne. La Tunisie sur la voie du Liban, pas vraiment un compliment de nos jours !

La confiance dans l’État a disparu, c’est le triste constat après une décennie de révolution qui laisse un goût amer aux Tunisiens. Ils assistaient déjà aux jeux stériles qui paralysent la vie politique, entre la principale force au Parlement, les islamistes d’Ennahdha, et le Président conservateur Kaïs Saïed.

Mais la pandémie est venue faire voler en éclat le théâtre politique qui empêche tout progrès, en montrant la dégradation des services d’un État qui avait au moins le mérite d’exister. 

Elle met aussi en évidence la fuite des compétences dont la Tunisie est victime depuis des années, par lassitude ou par désespoir. Écoutez bien ce chiffre : il y a plus de réanimateurs tunisiens travaillant dans les hôpitaux français qu’en Tunisie même !

Depuis sa révolution de 2011 qui lui a apporté la liberté, la Tunisie a montré la vivacité de sa société civile, et elle le prouve une nouvelle fois. Puisse cette force aider non seulement à surmonter cette épreuve de la pandémie, mais aussi redonner vie et énergie à une démocratisation inachevée, la seule survivante des « printemps » qui ont mal tourné.

Contact