Si Joe Biden peut dialoguer avec Vladimir Poutine, pourquoi pas nous ?... C’est, en termes simples, la proposition que Berlin et Paris ont soumise aux autres membres de l’Union européenne - ils ont subi un échec.

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron à Pariss en septembre 2019, lors d'une cérémonie à la mémoire de Jacques Chirac
Vladimir Poutine et Emmanuel Macron à Pariss en septembre 2019, lors d'une cérémonie à la mémoire de Jacques Chirac © AFP / Alexei Druzhinin / Sputnik / AFP

La logique peut sembler imparable, mais la réalité politique est différente. La proposition surprise d’un dialogue entre les « 27 » et le Président russe, qui a commencé à filtrer à la veille du Conseil européen, s’est attirée la colère des pays les plus exposés à l’action de la Russie, les trois États baltes et la Pologne. 

La France et l’Allemagne ont beau être les deux principales puissances de l’Union, elles n’ont pas réussi hier soir, lors d’une discussion à 27 qui s’est terminée à 2h du matin, à emporter l’adhésion de leurs partenaires : c’est une ligne dure qui est sortie du sommet. Une rare occasion où Paris et Berlin ne parviennent pas à l’emporter.

Les pays du « flanc Est » de l’Europe sont en effet hostiles à tout ce qui peut ressembler à une politique d’« apaisement » vis-à-vis de Moscou ; et ont mal vécu l’offensive franco-allemande plus conciliante.

Emmanuel Macron l’a expliqué en arrivant à Bruxelles : « nous ne pouvons pas rester dans une logique purement réactive à l’égard de la Russie alors qu’on a assisté à une discussion structurée entre les Présidents Biden et Poutine ».

En fait, aussi bien le président français que la Chancelière allemande reprend une ligne de fond de sa politique. Emmanuel Macron avait tenté une ouverture en direction de Vladimir Poutine à l’été 2019 ; mais le dialogue qui avait suivi avait tourné court. Angela Merkel a catégoriquement refusé d’interrompre la construction du gazoduc Nord Stream 2 avec la Russie, lors des moments de tension.

Paris et Berlin proposaient donc d’européaniser leur tentative de dialogue avec Moscou -qui n’a pas donné de résultats jusqu’ici-, afin de créer un rapport de force plus favorable. Les deux dirigeants estiment en effet que la Russie est un pays trop important pour la sécurité de l’Europe pour être ignoré ou marginalisé.

Et cette proposition est avancée malgré les nombreux contentieux. Les sujets de désaccord ne manquent pas en effet, depuis l’annexion de la Crimée en 2014, à l’affaire Navalny l’an dernier, ou au soutien russe au détournement d’un avion européen par la Biélorussie pour arrêter un journaliste dissident le mois dernier. La Russie se comporte aux confins de l’Europe comme si celle-ci n’existait pas en tant que puissance, et ce n’est pas totalement faux.

Les Européens ont été piqués au vif par le fait que Joe Biden, moins de six mois après son entrée à la Maison Blanche, a organisé cette rencontre de Genève, sans concessions sur les sujets qui fâchent, et qu’il en est sorti la tête haute. Mais les États-Unis ont des arguments de puissance que les Européens n’ont pas.

Les « 27 » n’ont pas encore réussi à donner le sentiment d’unité et de capacité à agir collectivement qui leur permettrait d’être respecté par une puissance russe qui ne raisonne aujourd’hui qu’en rapport de force. Il n’est pas sûr pour autant que la ligne dure choisie hier soir à Bruxelles impressionne outre mesure Poutine et change réellement la donne. La Russie est le révélateur de la vulnérabilité européenne.

Contact