Trump lui-même répète que la seule manière de le battre serait de tricher. C’en devient un thème obsessionnel de sa campagne, de ses tweets : il répète à ses électeurs qu’on veut leur voler leur bulletin de vote, ce qui évidemment alimente les tensions que connaît le pays.

Si Joe Biden venait à l’emporter, Donald Trump reconnaîtrait-il sa défaite ?
Si Joe Biden venait à l’emporter, Donald Trump reconnaîtrait-il sa défaite ? © AFP / SAUL LOEB, ROBYN BECK

D’ailleurs, même en 2016, vainqueur, il avait affirmé que Hillary Clinton avait bénéficié du vote d’immigrants illégaux, ce qu’aucune enquête n’avait permis de vérifier. Aujourd’hui, sa cible, c’est le vote par correspondance qui devrait connaître une extension en 2020 du fait de l’épidémie qui décourage les électeurs de se rendre eux-mêmes aux urnes. Selon lui, ce serait la porte ouverte à toutes les manipulations. En réalité, la raison en est que ce sont plutôt les électeurs Démocrates qui y recourent. Il s’y oppose donc alors que lui-même et sa famille votent de cette manière. 

Que disent les Républicains ?

Oh, ils approuvent. Il y a une tradition à droite, aux Etats-Unis, de ce qu’on appelle ‘’voter suppression’’ c’est-à-dire la ‘’suppression de l’électeur’’. Il s’agit de décourager les électeurs issus des minorités, qu’on sait majoritairement Démocrates, de se rendre aux urnes. Dans certains Etats, par exemple,  s’inscrire sur les listes électorales est compliqué et elles sont souvent renouvelées ; les bureaux de vote peu nombreux, aux heures d’ouverture réduites, et situés dans des quartiers blancs ; tout délinquant, même s’il a accompli sa peine, peut être privé du droit de vote comme en Floride où plus de 5% du corps électoral en est victime. Ailleurs, on demande des documents d’identité dans un pays où ils ne sont pas obligatoires. Les Etats Républicains ont ainsi multiplié les obstacles à l’exercice du droit de vote. Après tout, dans les années 50, dans les Etats du sud, quasiment aucun noir ne pouvait voter.

Supposons que ces efforts échouent et que Trump soit battu. Qu’arrivera-t-il ?

Il n’y a aucun doute qu’il refusera de concéder sa défaite, qu’il criera au scandale et affirmera que la victoire lui a été volée. Juridiquement, il appartiendra à la Cour Suprême d’examiner les contentieux et de trancher, ce qu’elle avait fait en Floride en 2000 entre Al Gore et George W. Bush, donnant ainsi la victoire au second. Mais les délais sont tendus si Trump conteste tous les votes par correspondance puisque la Constitution fixe le passage de pouvoir au 20 janvier. Ajoutez la certitude qu’il jette de l’huile sur le feu et appelle à l’aide ses partisans. Tout le monde est armé aux Etats-Unis. Les milices d’extrême droite pullulent, l’extrême gauche est chauffée à blanc. Des incidents ne sont pas exclus.  L’élection présidentielle américaine ne se conclura pas le 3 novembre ; il n’est même pas sûr qu’elle le soit le 20 janvier.

Que dit la Constitution sur ce point ? 

Selon la Constitution, la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi assumerait alors les fonctions présidentielles à titre provisoire. Ce serait sans précédent. On imagine mal la situation alors dans les rues…. De toute façon, quoi qu’il arrive, un Trump battu ne cesserait, pendant des années, de crier à l’injustice.

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