Cela fait maintenant un semaine que des émeutes raciales se multiplient à travers les Etats-Unis… Comment en est-on arrivé là dans un pays qui a élu un président noir ?

Un homme lève son poing lors d'une manifestation près de la Maison Blanche à Washington, le 31 mai 2020 .
Un homme lève son poing lors d'une manifestation près de la Maison Blanche à Washington, le 31 mai 2020 . © AFP / Alex Wong/Getty Images

La première évidence que nous rappellent ces émeutes, c’est que la question noire n’est toujours pas résolue aux Etats-Unis, un demi-siècle après la fin de la ségrégation raciale. En termes relatifs, la situation économique des noirs américains ne s'est, par exemple, pas améliorée par rapport celle des blancs. Les inégalités sont toujours aussi marquées ; les noirs toujours aussi défavorisés. 

Pourquoi cette explosion de colère, précisément en ce moment ?

Le pays a connu en quelques semaines toute une série d'incidents teintés de racisme, dont la mort de George Floyd n'est que le dernier, des incidents enregistrés et diffusés sur les médias sociaux.

Mais ce n'est pas une explication suffisante. L'actualité américaine est hélas ponctuée de violences à l'égard des minorités, qui ne dégénèrent pas ainsi. Il faut chercher d’autres causes, d’autres frustrations : la polarisation du pays d’abord qui a vu l’émergence d’une extrême-droite plus agressive et plus visible, avec l’encouragement plus ou moins implicite du président. Ensuite, le virus et la crise économique qui frappent de plein fouet la communauté afro-américaine : le tiers des morts de la maladie sont noirs alors qu’ils ne sont que 13% de la population et ils figurent de manière disproportionnée parmi les 40 millions d’Américains qui viennent de perdre leur emploi.

Mais il y avait des blancs aussi parmi les manifestants ?

Oui, les inévitables pillards et des casseurs comme chez nous venus surtout de l’extrême gauche, les ANTIFAS, mais aussi toute une jeunesse qui est mobilisée sur la question de l’antiracisme et qui avait d’ailleurs soutenu, avec enthousiasme, Sanders. 

Par ailleurs, les 25/40ans (on les appelle ici les Millenials), ont des raisons particulières d’être amers : certains subissent la deuxième crise économique de leur vie après celle de 2008 ; ils sont souvent accablés par une dette étudiante et les entreprises sont moins généreuses à leur égard en termes de couverture médicale que pour leurs parents. Par ailleurs, ils vivent souvent d’activités précaires dans une économie ubérisée. Et, les derniers embauchés, ils sont les premiers licenciés. Ils sont donc plus politisés que leurs aînés, en tout cas plus à gauche puisqu’une majorité considère que le mot ‘’socialisme’’ est positif, ce qui est sans précédent aux Etats-Unis. 

Comment tout cela va-t-il se terminer ?

Une seule certitude, à ce stade : l’élection présidentielle du 3 novembre avec deux candidats aux antipodes l’un de l’autre, dans un pays ravagé par la crise économique, polarisé entre deux populations qui ne se parlent ni ne se comprennent, un président sortant qui jette de l’huile sur le feu par caractère ou par calcul et des tensions raciales à leur pire depuis 1968. 

Sera-t-elle précédée par un été de troubles ? 

Sera-telle un vote de la peur ou de la colère ? Sans doute des deux mais lequel de ces sentiments l’emportera ? 

Des questions sombres et amères dont nul n’a la réponse.

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