Après toutes les péripéties que vient de nous offrir l’élection présidentielle américaine, la première conclusion est claire : Donald Trump a fort bien résisté à l’épreuve de ces 4 ans de présidence et se retrouve en 2020 capable de disputer âprement une élection que tous les sondeurs considéraient largement perdue.

L'élection de Donald Trump n’était donc pas l’accident qu’y voyaient beaucoup de Démocrates et aussi quelques Républicains. Ses électeurs lui sont restés fidèles. Le Trumpisme existe comme courant politique et quel que soit le résultat de cette élection, il est destiné à rester.

A force de ne voir que les défauts du personnage, on a sans doute sous-estimé le courant politique qu’il représentait. Qu’est-ce que le trumpisme ? 

Trump avait été le seul, en 2015, à comprendre la crise économique et sociale que traversaient les Etats-Unis derrière de bons chiffres macro-économiques. Il avait su capter la colère de ceux qui se sentaient victimes de la globalisation et de la désindustrialisation, souvent d’anciens électeurs Démocrates. Tout au long de son mandat, il n’a cessé de dialoguer avec eux. Que les mesures qu’il a prises en leur faveur aient été ou non efficaces est, à la limite, moins important que le fait qu’ils se sont sentis écoutés et respectés. Il leur a monté qu’on pouvait faire de la politique en utilisant des mots et en recourant à des sentiments qu’ils comprennent et partagent. Oui, ils connaissent ses défauts, ils ne parieraient pas sur son honnêteté et ils pensent qu’il va parfois trop loin mais il est leur homme, celui qui les défend et qui n’a pas été ‘’normalisé’ le jour où il a été élu. 

Les victimes de la globalisation, ça ne suffit pas pour gagner une élection ? 

Il a réussi à fédérer ce qui correspond, en termes français, aux ‘’gilets jaunes’’ et à la ManifpourTous et à conserver leur fidélité. Une Amérique de la peur et de la nostalgie ; de la peur d’une modernité qui détruit les emplois et méprise la religion, de la nostalgie d’une Amérique du plein emploi, blanche et chrétienne. Il a imposé au parti Républicain une mutation qui répond aux attentes de ces électeurs ; de libre-échangiste, il est devenu protectionniste, d’interventionniste isolationniste, d’internationaliste nationaliste et d’économe dépensier. C’est cette nouvelle droite qui sera, quoi qu’il arrive, l’héritage de Trump.

Et la gauche, comment a-t-elle réagi ?  

Les Démocrates se sont laissé piéger par la personnalité de Trump qui est devenue le sujet parfois unique des débats politiques du pays. Ils ont fait de la morale et pas de la politique. La direction centriste du parti, héritée de l’époque Clinton et Obama, s’en est tenue à la stratégie de la réunion de blocs d’électeurs, Noirs américains, femmes, jeunes, latinos, gays sans voir que c’était les prendre pour des électorats captifs obsédés par leurs intérêts particuliers. Une élection, ce n’est pas l’addition de mesures catégorielles, c’est aussi une vision. Les Démocrates aujourd’hui n’ont plus de vision pour l’ensemble du pays Ils sont déchirés entre ceux qui veulent renouveler les grands élans qu’a connus le pays avec le New Deal des années 30 ou la Grande Société des années 60 et les centristes qui sont convaincus qu’aller trop à gauche serait la recette de nouvelles défaites. Biden s’il est élu ne résoudra pas ce conflit. Les Etats-Unis ont une nouvelle droite qu’a accouchée au forceps Trump, il reste maintenant à la Gauche américaine de se réinventer à son tour. 

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