Cette semaine, les Américains ont enterré George Floyd. Une émotion qui dépasse l’horreur de la mort de Floyd pour exprimer le remords et la colère de la société américaine de n’avoir pas répondu aux revendications qu’exprime la communauté afro-américaine depuis la fin de la ségrégation raciale.

Que ce soit sur le comportement de la police et de la justice à son égard ou plus largement de sa place dans la société : c'est l'examen de conscience. Ce n’est pas pour rien que ce pays a été fondé par d’austères protestants qui se lavaient de leurs pêchés devant l’assemblée des croyants. Régulièrement, les Etats-Unis en font autant lorsqu’ils constatent que la réalité est trop éloignée du "rêve américain’’. Ils reconnaissent leurs erreurs, les corrigent et vont de l’avant, ce qui est d’ailleurs une des expressions du dynamisme de la société américaine. On l’a vu pour le New Deal face à la crise économique dans les années 30 ou pour la lutte pour les droits civiques dans les années 60. Nous sommes peut-être à un ces tournants. Les sondages montrent que la grande majorité des Américains ressentent la nécessité de lutter contre le racisme dont sont victimes leurs concitoyens noirs et expriment leur sympathie pour les manifestants. 

Trump dans le rôle du pasteur ?

Pas du tout ! Trump continue de jeter de l’huile sur le feu, de ne voir dans les manifestants que des pillards gauchistes ou anarchistes et d’appeler à la répression. Il vient même d’accuser un homme de 75 ans qu’on a tous vu sur les médias sociaux méchamment malmené par la police de n’être qu’un provocateur. Il y a un tel contraste entre le moment qui appelle à l’unité, à l’apaisement et à la réconciliation et ses déclarations incendiaires qu’il décroche dans les sondages. Un nombre croissant de dirigeants Républicains marquent leur distance à son encontre. Encore plus grave pour un président Républicain qui doit compter sur le vote des militaires et des évangélistes, des dizaines de généraux à la retraite et des responsables religieux ont critiqué sa gestion de la crise. La hiérarchie militaire a fait savoir qu’elle était hostile au recours à l’armée pour rétablir l’ordre comme le réclame Trump. 

C’est le moment pour Biden de creuser l’écart

Biden est parfait dans le rôle du pasteur. Il est allé saluer la famille de la victime et a les mots apaisants qu’attendent les Américains. Il oppose dignité et compassion à l’insensibilité qu’exhibe Trump. Il veut être la voix de l’unité qu’attend un pays déchiré. Nul doute qu’il n’ait marqué un point : il serait élu haut-la-main si le scrutin avait lieu aujourd’hui. De là à dire que l’élection est désormais jouée, je serais plus prudent. Comme dans toutes les démocraties, les électeurs américains ont la mémoire courte. Se souviendront-ils de ce moment dans cinq mois ou n’auront-ils pas déjà d’autres préoccupations ? Trump fait un double pari, que l’économie reparte rapidement, ce qui n’est pas exclu, et que les électeurs se lassent des troubles. Comme les auditeurs m’ont déjà entendu dire : nous verrons le 3 novembre…

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