Je sais que les Français se vivent comme indisciplinés et sont doués pour l’autocritique. Je vais les décevoir mais jusqu’ici, nos amis américains ne font pas beaucoup mieux.

A Philadelphie, le mauvais usage du masque montre un manque de sérieux pour se protéger contre le coronavirus tout en gaspillant du matériel dont les professionnels de la santé ont désespérément besoin (le 26 mars 2020)
A Philadelphie, le mauvais usage du masque montre un manque de sérieux pour se protéger contre le coronavirus tout en gaspillant du matériel dont les professionnels de la santé ont désespérément besoin (le 26 mars 2020) © AFP / Cory Clark / NurPhoto / NurPhoto

Sur les deux rives de l’Atlantique, on s’est précipité de la même manière sur le papier toilette qui a disparu ici aussi des rayons de supermarché pour les mêmes raison mystérieuses ; vous trouvez sur les media sociaux les mêmes petits films qui montrent les mêmes caddies surchargés, les mêmes bagarres pour le dernier paquet de pâtes.  

Bien plus, comme nous sommes ici au moment des vacances de printemps des universités, la télévision a montré les étudiants qui faisaient la fête sur les plages de Floride dans la même insouciance qu’on reproche aux Français. Avec un degré dans l’alcoolisation des jeunes gens bien pire que le nôtre d’ailleurs.

Américains et Français, même combat ?

Oui, arrêtons de nous flageller, nous les Français : la nature humaine est la même face à la même épreuve d’autant que les chiffres de nouvelles infections sont inquiétants avec une accélération comparable à celle de l’Espagne et supérieure à la nôtre d’ailleurs. 

New York est en train de devenir l’épicentre mondial de la crise. Donc,  ici aussi, derrière Trump, on demande de recourir à la novoquine,tandis que les scientifiques essaient de calmer le jeu mais sont bien peu écoutés ; ici aussi tout le monde est devenu spécialiste en épidémiologie

Et New York s’est vidé comme Paris : tous dans les Hamptons ou ailleurs ; aujourd’hui, je suis seul dans mon immeuble de six appartements. 

Macron et Trump, même combat aussi ?

Les conférences de presse de Trump restent des moments inégalés d’incohérence sur le fond comme sur la forme. Mais non seulement, les deux hommes font tous deux face à une crise d’une ampleur inédite mais la société qu’elle soit américaine ou française, réagit avec la même défiance vis-à-vis du pouvoir. 

La politique, aux Etats-Unis comme en France, ne perd pas ses droits. Oubliez le mythe de l’union nationale : les Démocrates condamnent le président, les Républicains l’encensent.  On critique le président avec la même férocité à Washington ou à Paris. Je suis d’ailleurs à peu près sûr que c’est la même chose à Londres, à Madrid ou à Berlin.

Et Trump reste Trump, impatient et inquiet pour sa réélection. Il vient d’annoncer qu’il souhaite mettre un terme au confinement dès Pâques, c’est-à-dire le 12 avril pour ne pas porter un coup trop dur à l’économie. On imagine les cris d’horreur des épidémiologistes. 

Donc Etats-Unis et France, même combat ?

Non, n’allons pas jusque-là. 

D’abord, c’est un Etat fédéral ce qui entraîne des mesures en ordre dispersé prises par chaque Etat puisque Trump a refusé de le faire au niveau fédéral pour ne pas en endosser l’impopularité. Le tiers du pays a décidé le confinement de sa population tandis que les petits Etats du MidWest n’ont quasiment rien fait. 

Ensuite, c’est un pays où des dizaines de millions d’Américains n’ont  pas d’assurance maladie : certes, ils seront soignés s’ils se présentent à l’hôpital  mais une note salée leur sera présentée en fin de traitement, ce qui peut dissuader beaucoup d’y aller assez tôt.

Enfin, des millions d’Américains sont en train en ce moment même d’être licenciés du jour au lendemain. On a annoncé hier 3,3 millions de chômeurs de plus en une semaine soit le chiffre le plus élevé de l’histoire de ce pays. Et ce n’est que le début.

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