Certaines ont perdu un fils en Syrie, d'autres ne savent plus quoi faire face aux propos intégristes de leur enfant. Pour essayer de faire face, ces femmes se sont rassemblées

Sami, le fils radicalisé d'Aziza, mort en Syrie. Aziza fait maintenant partie de la "Brigade des mères"
Sami, le fils radicalisé d'Aziza, mort en Syrie. Aziza fait maintenant partie de la "Brigade des mères" © Radio France / Thibault Lefevre

Des centaines de mamans contre l'intégrisme religieux. Certaines ont perdu un fils ou une fille en Syrie, d'autres ne savent plus quoi faire face aux propos intégristes de leur enfant. Pour essayer de faire face, ces femmes se sont rassemblées dans une association : la Brigade des mères.

Thibault Lefèvre a rencontré Aziza, une de ces combattantes. Elle est croyante, laïque et révoltée. Son fils a succombé à l'appel au djihad.

Un collier de barbe, des yeux très noirs sous de gros sourcils, le portrait de Sami se dresse face au canapé du salon, juste en-dessous de l'écran de télévision. Il y a deux ans, le fils unique d'Aziza part en Syrie : trois mois pour se radicaliser, quelques jours pour organiser son départ et moins d'un an pour mourir. En mars 2015, Aziza reçoit un certificat de décès. Elle apprend que Sami a péri dans un accident de voiture.

Moi mon fils c’était mes yeux. La chose la plus terrible pour une mère c’est de perdre un enfant. Nous quand on a mis des enfants au monde on n’a pas mis des terroristes au monde. Ce qui me fait tenir c’est mes enfants, mes petits-enfants et ma petite fille qui est en Syrie, elle s’appelle Islam. Mon combat c’est de la récupérer ; c’est tout ce qui me reste de mon fils.

Quelques semaines après la mort de Sami, Aziza arrête de travailler. Elle devient brigadière à temps complet. Sa mission : discuter avec des jeunes endoctrinés. Parmi ses terrains d'action : la Maison d'arrêt de Villepinte en Seine-Saint-Denis.

Une mère ça se respecte et quand ils voient qu’on est des mères, ils nous respectent. Moi, quand je leur dit que je suis une maman concernée, ils ont les yeux baissés, je les ai touchés. Ils sont toujours déterminés mais nous, notre rôle c’est surtout pour parler avec eux les remettre en relation avec leurs failles. Une mère on n’en a qu’une et on n’a pas le droit de la faire souffrir. 

Aziza et les autres brigadières ont une conviction : il y a en France un terreau propice au développement de l'Islam radical. Les responsables, ce sont - selon elle - certains maires qui ont donné trop de pouvoirs aux religieux pour acheter la paix sociale.

La brigade des mères ne reçoit aucun financement public. L'association a besoin d'argent. Une adresse :  www.brigadedesmeres.net

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.