"N'incinérons pas l'avenir !" C'est le message des opposants au futur incinérateur de déchets à Ivry-sur-Seine. Parmi eux, des chefs se mobilisent contre ce projet qui "ne va pas, selon eux, dans le sens de l'histoire". Ils demandent plus de moyens pour mieux trier. Une manifestation a lieu mercredi.

L'incinérateur d'Ivry, vu depuis Paris
L'incinérateur d'Ivry, vu depuis Paris © AFP / Joël Saget

Alors que les restaurants sont parmi les plus gros producteurs de déchets alimentaires, certains établissements parisiens se mobilisent cette semaine contre le projet de nouvel incinérateur d'Ivry-sur-Seine, en région parisienne. Ils ne comprennent pas la nécessité d'une nouvelle usine de ce type alors qu'ils sont de plus en plus encouragés à trier et à réduire la taille de leurs poubelles. Ils demandent en revanche plus d'aide financière pour participer à la transition écologique. 

Julien Cohen possède par exemple plusieurs restaurants à Paris. Et il essaye de trier au mieux. Il fait donc appel à une entreprise privée qui collecte ses déchets chaque jour et les envoie dans une usine de compost en région parisienne. Il est très opposé à la construction d'un nouvel incinérateur dont le coût est estimé à près de deux milliards d'euros. "C'est aberrant d'investir autant d'argent dans cet incinérateur", s'insurge-t-il. "On devrait investir cette somme pour améliorer le tri, car beaucoup de déchets pourraient être triés différemment, comme dans les pays nordiques", ajoute-t-il. 

Alexia Duchêne, candidate de Top Chef, en colère contre certains restaurateurs

Dans leur restaurant, le "Septime"', rue de Charonne, Bertrand Grébaut et Théophile Pourriat sont également favorables au tri, par conviction. Mais ces chefs estiment que les restaurateurs n'ont aucun intérêt financier à réduire leurs déchets. "Aujourd'hui, cette démarche est personnelle et coûteuse", détaille Théophile Pourriat. "Pour nous, c'est 8000 euros par an en moyenne avec aucune contrepartie sur les taxes", regrette-t-il. "Étudions les alternatives et peut-être que le budget prévu pour cet incinérateur pourrait être consacré à des projets plus vertueux", propose-t-il.  

Et parmi les opposants à cet incinérateur, Alexia Duchêne, candidate de l'émission Top chef est très en colère contre l'absence de tri dans la plupart des restaurants, en particulier les plus chics. Lorsqu'elle a commencé à travailler pour certains chefs étoilés, elle a été surprise par la quantité de déchets jetés. "C'est étrange, par exemple, d'utiliser le centre de la pomme de terre et de tout jeter autour, remarque-t-elle. "Et on a déjà jeté un choux-fleur entier parce qu'il n'avait pas la bonne couleur", ajoute cette jeune cheffe. Selon elle, les restaurateurs pourraient au moins se servir de ces restes pour cuisiner des repas pour leur personnel. Dans le restaurant qu'elle va ouvrir à Paris en juin, elle réfléchit donc à une utilisation plus adéquate de ses légumes et à un meilleur tri, mais elle sait que cette attention aura un coût. 

Deux recours juridiques contre l'incinérateur

De leur côté, deux associations environnementales, Zero Waste et le collectif 3R, viennent de déposer deux recours juridiques contre ce nouvel incinérateur qui pourrait voir le jour à partir de 2023. Cette usine est prévue pour traiter 350.000 tonnes de déchets contre le double actuellement. C'est donc un plus petit incinérateur, mais pour les opposants, 75% des déchets qui y sont envoyés pourraient être compostés ou recyclés.

Une nouvelle interpellation citoyenne est prévue à Paris demain en fin de matinée, boulevard de Sébastopol. Le but est de convaincre les membres du Syctom, le syndicat de gestion des déchets ménagers en Ile-de-France, de revenir sur leur décision.  

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