Donald Trump souffle le chaud et le froid sur les alliés arabes des Etats-Unis, dont l'Egypte est un pivot.

 President Abdel Fattah al-Sisi
President Abdel Fattah al-Sisi © Maxppp / APAIMAGES

L’arrivée de Donald Trump dans le Bureau Ovale a des effets en cascade sur les diplomaties du Monde entier, notamment en Egypte. Le maréchal Sissi voit d’un très bon œil l’arrivée du milliardaire américain à la Maison Blanche et parvient à faire avancer quelques points importants de son agenda : notamment la possibilité de classer les Frères Musulmans dans la liste des organisations terroristes. Une demande qui satisfait Sissi tant elle avalise sa politique de répression qui a emprisonné des milliers de partisans de Mohamed Morsi, le président destitué. Une alliance qui semble pourtant contre-nature compte tenu du « Muslim-Ban » et le rapprochement entre Israël et Washington. Décryptage et reportage de François Hume-Ferkatadji au Caire.

L’administration américaine discute actuellement de la possibilité de classer les Frères Musulmans dans la liste des organisations terroristes étrangères même si la confrérie a officiellement renoncé à la violence depuis les années 1970. Premier mouvement d’opposition en Egypte, la confrérie a déjà été classée organisation terroriste par le pouvoir du maréchal Sissi, des dizaines de milliers de « Frères » ont été mis en prison, des centaines condamnés à mort. Sissi s’est toujours montré décidé à détruire le mouvement de l’ancien président Mohamed Morsi, démocratiquement élu et destitué en juillet 2013. Donald Trump s’est déjà montré favorable à la volonté de certains membres de son équipe de soumettre les Frères Musulmans aux sanctions américaines. Un choix qui réjouit le président Sissi qui voit en Trump un nouvel allié sur qui compter : il a été le premier chef d’Etat au monde à le féliciter après son élection.

Le 8 novembre 2016 aux aurores, le président Abdel Fattah el Sissi est le premier chef d’Etat a décrocher son téléphone pour « présenter ses félicitations » au nouveau président élu. Déjà quelques semaines avant, il avait dit de « Trump » qu’il ferait un bon leader. Une façon d’en finir avec la présidence Obama qu’il exécrait, accusé d’avoir soutenu les Frères Musulmans, et de ne pas soutenir l’Egypte dans son combat contre je cite « les forces du mal »

Timothy Kaldas, chercheur associé au Tahrir Institute for Middle East Policy

Aujourd'hui avec Trump ce qui me semble dingue c'est que beaucoup de gens ici se trompent en raison d'une analyse trop simple : la raison pour laquelle Trump, et le parti Républicain, et Fox News, sont aussi enthousiastes à l'idée de soutenir la répression contre les Frères Musulmans, ce n'est pas par solidarité avec le peuple égyptien, mais simplement par sectarisme, et donc l'idée de détruire un groupe islamiste peu importe s'il est bon ou mauvais, est vraiment guidé par leur islamophobie.

Donald Trump a évoqué la possibilité de mettre, comme en Egypte, les Frères Musulmans sur la liste des organisations terroristes… une volonté très dangereuse selon Ashraf al Sherif, spécialiste des mouvements islamistes, et professeur de science-politique à l’Université américaine du Caire

Ce serait la première fois que le gouvernement américain classe comme terroriste une organisation, non pas sur ses actions, mais sur son identité, ce serait une première, ce n'est jamais arrivé pour aucune organisation dans le monde. Et puis, les dirigeants qui veulent mettre en place cette décision sous-estiment complétement la position des Frères Musulmans en occident, en Europe et aux Etats-Unis, parce que les Frères Musulmans sont profondément impliqués dans beaucoup d'activités sociales, culturelles, religieuses ou de charité, sous différents noms, même si ce n'est pas officiel. Donc si vous considérez ces activités comme terroristes, l'impression que vont avoir les musulmans qui vivent en Europe ou au Etats-Unis, c'est que les Etats-Unis combattent l'Islam, déclarent la guerre aux musulmans, et cela va encourager encore plus l'extrémisme, en fait c'est exactement ce que voudrait l'Etat Islamique.

Du côté de l’opinion publique égyptienne, l’arrivée de Trump au pouvoir s’est accompagnée d’une certaine indifférence. La génération de la Révolution de 2011 voit en Trump un parfait clone d’un autocrate de la région, ou encore d’un leader islamiste comme Morsi, sectaire, populiste, et sans expérience

Al-Azhar, structurellement très proche du pouvoir égyptien, n’a de son côté pas réagi ni sur cette question, ni sur l’interdiction de voyager ciblant les ressortissants de 7 pays musulmans. Abdel Rahman Moussa , le conseiller aux affaires étrangères de l’institution du Grand Imam de l'institution sunnite éprouve une certaine gêne sur la question :

Nous n’interférons jamais dans les affaires politiques, les problèmes politiques… et nous les gardons…. Bien sûr nous devons protéger l’Islam et les musulmans à travers le monde, mais encore une fois, quand il y a un problème de nature politique, nous n’interférons pas.

La lune de miel entre Sissi et Trump pourrait être de courte durée compte tenu des différences sur le dossier iranien. Mais aussi en raison de leurs positions divergentes sur le conflit Israëlo-arabe. Une trop forte connivence de Sissi avec Trump peut aussi lui faire perdre en légitimité au près des Égyptiens.

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