Par Delphine Simon

Le 2 octobre dernier, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault déclarait à la tribune de l’Assemblée nationale il y a un mois exactement : « Nous n’avons cessé de la demander et le gouvernement précédent nous disait que jamais nos partenaires n’y consentiraient. Elle avait été abandonnée par le président précédent. Et bien elle sera mise en place dans le cadre d’une coopération renforcée ».

La taxe sur les transactions financières, une idée abandonnée par Nicolas Sarkozy, mais sauvée par François Hollande.

Vrai ou faux ?

C’est faux. Cette taxe sur les transactions financières, Nicolas Sarkozy l’a défendue durant une bonne partie de son mandat.

L’idée de cette taxe, rappelons-le, vient d’un économiste américain : James Tobin.

Elle a longtemps été portée par les altermondialistes et les socialistes, avant que les libéraux ne s’en emparent après la faillite de la banque Lehmann Brother, alors que les critiques pleuvent contre les banquiers et que les caisses des Etats se vident.

Nicolas Sarkozy s’en fait le héros tout au long de la présidence française de l’Union européenne en 2008, puis celles du G8 et du G20. Lors du sommet de Cannes, l’ancien président parvient même à faire inscrire cette taxe dans le document final. Poussée par la France et l’Allemagne, la Commission européenne présente en 2011 une proposition soutenue par les eurodéputées à une écrasante majorité.

La taxe Tobin a finalement été votée en France par l’ancienne majorité. Elle est entrée en vigueur trois mois après l’élection de François Hollande et elle vient de faire l’objet d’âpres débats à l’Assemblée nationale ces derniers jours.

Pour la droite comme pour la gauche, les recettes de cette taxe doivent avant tout combler le déficit budgétaire. De ce point de vue, juge Sébastien Fourmy de l’ONG Oxfam France, il y a bien une continuité.

Sébastien Fourmy : « Aujourd’hui, dans le projet de loi de finances, 3,7% de la taxe sur les transactions financières françaises seraient affectés aux grands défis mondiaux tels que l’éducation, la santé et la lutte contre le changement climatique. Donc c’est-à-dire environ 60 millions pour l’année prochaine. On partait de déclarations qui parlaient d’une grande majorité de cette taxe, donc aujourd’hui, on a l’impression de se faire voler cette taxe sur les transactions financières par le Trésor Public français »

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Au niveau européen, l’idée d’une taxe européenne a été relancée au dernier sommet de juin par François Hollande. Depuis, une coopération renforcée a été lancée. La taxe sur les transactions financières européennes est bel et bien sur les rails.

Chaque Etat pourra la lever et l’affecter à ce qu’il voudra ; seul son taux sera discuté au niveau européen.

Mais ils ne seront que 10 : le Royaume-Uni, qui taxe déjà les activités de la City, principale place boursière en Europe, refuse de partager sa souveraineté fiscale. La taxe britannique mise en place sous l’ère Thatcher rapporte chaque année plusieurs milliards de livres au Trésor britannique.

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