A l'occasion du 50e Festival des journées cinématographiques de Carthage, focus sur les réalisateurs qui bousculent la scène cinématographique tunisienne.

Nous sommes à Tunis et vous venez d’entendre le réalisateur Lotfi Achour qui explique les difficultés du cinéma tunisien d’aujourd’hui par le maintien de structures héritées de l’ancien régime, et le retour d’anciens membres du RCD, le parti du dictateur Ben Ali. Paradoxalement, jamais la production de film tunisien n’a été aussi prolifique. Deux longs métrages ont même été primés aux festivals de Berlin et de Venise cette année. Mais pour les réalisateurs et producteurs, il n’a jamais été aussi difficile de financer des films en Tunisie.

Alors que se tient actuellement, le plus vieux festival d’Afrique et du monde arabe, les journées cinématographiques de Carthage qui fête ses 50 ans cette semaine, Justine Fontaine a rencontré plusieurs d’entre eux.

En France, le CNC (le centre national du cinéma), les régions et les chaînes de télévision participent au financement des films. Mais en Tunisie, la seule option est le ministère de la culture. Et en plus, selon le producteur Habib Attia, les aides fixées par la loi sont bien trop faibles : pour l’un de ses films, il a par exemple du faire appel à des fonds de sept pays différents.

Il y a une loi qui dit que le gouvernement tunisien ne peut participer qu'à hauteur de 35% seulement du coût du film. Donc officiellement nous producteurs tunisiens devons chercher à l'étranger 65% des fonds, ce qui est totalement en inadéquation par rapport à la réalité

Face à ce système de financement quasi-inchangé depuis plus de trente ans, le réalisateur Lotfi Achour et sa société de production se sont tournés vers le secteur privé pour financer leurs projets, par exemple une petite partie du budget de son premier long métrage, "Demain dès l’aube" :

Dans sa production ce film, en apparence, est très classique, explique-t-il. En même temps il a pu avoir lieu également parce qu'on a développé des partenariats avec le secteur privé : certaines entreprises nous ont apporté des contributions soit en nature soit numéraire

De nombreux films n’obtiennent même pas de financement public. Après onze refus du ministère de la culture sur différents projets depuis 2012, le réalisateur Alaeddine Slim et ses amis ont décidé de financer eux-mêmes son premier long-métrage :

On a réuni une somme très modeste, de l'ordre de 25 000 euros, on a emprunté beaucoup de matériel a des amis soit producteurs, soit techniciens, et on s'est lancés dans la production du film

Même en ajoutant les aides à la post-production dont ils ont bénéficié ensuite, un budget si faible reste une exception, même pour le cinéma d’auteur. Mais ironie de l’histoire, son film, "The last of us", a été récompensé au festival de Venise cette année.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.