Trois ans après avoir lancé "Wir schaffen das", ("On va y arriver") et ouvert les frontières à plus d'un million de réfugiés, la chancelière allemande Angela Merkel doit en appeler à ses compatriotes pour contrer la montée de l'extrême-droite qui depuis dix jours démontre sa force à Chemnitz en Saxe.

Rassemblement de l'AFD (Alternative pour l'Allemagne) à Chemnitz (Saxe) le samedi 1er septembre 2018
Rassemblement de l'AFD (Alternative pour l'Allemagne) à Chemnitz (Saxe) le samedi 1er septembre 2018 © Radio France / Ludovic Piedtenu

Dix jours après le meurtre d’un citoyen allemand à coup de couteaux en plein centre-ville de Chemnitz (Saxe) dans l’Est de l’Allemagne - une attaque pour laquelle un demandeur d’asile irakien est soupçonné - la classe politique allemande, et au premier chef, la chancelière Angela Merkel, appelle depuis quelques heures les citoyens à se mobiliser contre l’extrême-droite et l’AFD.

Le parti Alternative pour l’Allemagne s’est saisi de ce crime pour fustiger la politique migratoire du gouvernement fédéral. Il en a fait une tribune et jusqu’à samedi dernier, a organisé plusieurs rassemblements sans jamais rencontrer d’opposition.

Les choses sont peut-être en train de changer. Mais rien n’est certain car l’Allemagne traverse depuis plusieurs mois une instabilité relativement exceptionnelle. A l’origine sans doute, ce geste de générosité de la Chancelière Angela Merkel : il y a trois ans, dans la nuit du 4 au 5 septembre 2015, l’Allemagne ouvrait ses frontières pour accueillir quelques milliers de réfugiés entrant par l’Autriche après avoir été bloqués à la frontière hongroise. L’Allemagne en a depuis accueilli plus d’un million.

A Chemnitz, là où Daniel a été tué dans la nuit du 25 au 26 août 2018.
A Chemnitz, là où Daniel a été tué dans la nuit du 25 au 26 août 2018. © Radio France / Ludovic Piedtenu

À l’époque, l’ancien président Joachim Gauck avait prévenu ses compatriotes : "C’est un défi qui sera plus important que celui de la Réunification de l’Allemagne". C’est dire qu’en faisant preuve d’humanité et de générosité, en plaçant haute la culture du "Wilkommen", de l’accueil, Angela Merkel a pris ce jour-là un gros risque.

Mille jours plus tard, dans les rues de Chemnitz, dans ces cortèges conduits par le parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne, devenu depuis la première force d’opposition à l’Assemblée, répéter un discours avec méthode a produit ses fruits. Les électeurs ou sympathisants de ce parti comparent leur pays à une passoire. Devant le micro, des femmes réagissent, une première lance : "Qu’ils s’en aillent d’Allemagne !". Une autre ajoute : 

Et dites bien aux Français comment les Allemands sont traités

Un homme approche : 

Personne dans ce parti n’a quoique ce soit contre des gens qui fuient la guerre, par contre, on ne veut pas de criminels

L'Islam pointé du doigt

Beaucoup pointent du doigt l’islam. Revient souvent l’idée d’une perte d’identité, d’une transformation du pays. Angela Merkel reste la cible privilégiée de l’AFD. L’un de ses dirigeants, Alexander Gauland avait promis à l’automne dernier de lui "faire la chasse". "Elle a du sang sur les mains" pouvait-on lire sur plusieurs pancartes à Chemnitz ou bien encore le très classique "Merkel muss weg", "Merkel doit partir"

Cette électrice ne lui fait plus confiance. Et pourquoi par exemple ? 

[Angela Merkel] n’a pas d’enfants. Elle n’a donc aucune responsabilité, à part s’occuper d’elle, bien sûr

Merkel irresponsable, comme le serait sa politique migratoire ? Angela Ulrich est journaliste politique à la RBB, la radio publique à Berlin et Brandebourg :

C'est dur pour Merkel, là. Il y a trois ans, elle a dit "Wir schaffen das" ("On va y arriver") et cette phrase est vue par les gens qui la critiquent comme une invitation. Tout le monde peut venir ici. Et maintenant ça s'ajoute à un sentiment d'insécurité. 

"Tout tombe ensemble", poursuit la journaliste, "et ça fait jaillir l'AFD donc c'est une situation assez grave pour Merkel bien sûr".

La Chancelière en difficulté

C'est un moment difficile pour la Chancelière, mais au cours de ces treize années de pouvoir, elle a toujours réussi à se sortir des situations compliquées. L’appel à la mobilisation qu’elle a lancé hier auprès du peuple allemand pour défendre les valeurs démocratiques a produit un début d’effet. 

Hier soir, 65 000 personnes se sont rassemblées à Chemnitz pour un concert contre l’extrême-droite, avec le slogan "Wir sind mehr - Nous sommes plus nombreux" scandé par la foule.

Angela Merkel, bien au-dessus des 50% d’opinions favorables dans tous les sondages, cherche à réveiller une majorité jusque-là beaucoup trop silencieuse.

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