Le plastique est partout, y compris là où on l'attend le moins. C'est le cas des cigarettes, dont le filtre est composé de plastique, en plus de contenir des milliers de produits toxiques. Les mégots sont de véritables bombes écologiques, et le recyclage reste encore très marginal.

Contrairement à une idée, reçue, jeter son mégot dans le caniveau revient au même que de le jeter en
Contrairement à une idée, reçue, jeter son mégot dans le caniveau revient au même que de le jeter en © Maxppp / Daniel FOURAY

Tous les matins dans les rues de Paris, c’est le même rituel. Aux premières lueurs du jour, les brigades de nettoyages de la ville s’affairent à ramasser les déchets de la veille. Et au milieu des canettes, sacs plastiques et autres détritus, les mégots sont omniprésents, regrette Clark. « Ah ça, j’en enlève. Tous les jours, des milliers de mégots ! »   

"Les gens ne se soucient pas des cendriers"

Son collègue Pacôme, employé à la ville de Paris depuis 10 ans, dresse le même constat. "Sur notre secteur, autour de la place de la République, il y a tous les bars, les cafés, les restaurants… On a l’impression qu’ils ne se soucient pas vraiment des cendriers. Et comme c’est très animé, les gens fument toute la soirée dans la rue." La semaine précédente, il se souvient d’avoir nettoyé "une place entière remplie de mégots, parce qu’il y avait eu une soirée festive la veille."  

Pourtant, depuis l’année dernière, les fumeurs indélicats qui jettent leur cigarette par terre peuvent écoper de 68 euros d’amende. Mais l’interdiction n’y fait pas grand-chose : "Honnêtement, les contrôleurs, on ne les voit jamais verbaliser", affirme Clark.  

Les employés de la ville de Paris ramassent les mégots un lendemain de fête.
Les employés de la ville de Paris ramassent les mégots un lendemain de fête. © Radio France / Lisa Guyenne

Ces mégots jetés à terre finiront au mieux à l’incinération, s’ils parviennent à être récupérés, avec les autres déchets non triés. Au pire, dans les égouts… Et donc, dans la nature, explique Paul Simondon, adjoint chargé de la propreté à la mairie de Paris. "Le mégot, d’une part, c’est un bout de plastique. Donc si ça atterrit dans les canalisations, ça débouche dans la Seine, dans les océans, ça vient alimenter la mer de plastique qui tue les écosystèmes. D’autre part, c’est surtout plein de produits toxiques." Plusieurs milliers de substances différentes, dans un seul mégot, ce qui rend de fait le recyclage extrêmement difficile. 

Le mégot doit être dépollué pour être réemployé

Pour preuve, il n’existe en France qu’un seul centre de recyclage : celui de l’enteprise MéGO !, basée en Bretagne. Elle collecte les cigarettes auprès des entreprises, des administrations et des communes partout en France, avant de les envoyer dans son usine de Bourg-Blanc, près de Brest dans le Finistère. "Un mégot, c’est fait en ester acétate de cellulose, donc en plastique : 80 % de pétrole et 20 % de cellulose de bois", détaille Jérôme Guilard, responsable développement de "MéGO !".

Dans l’usine, les mégots passent par tout un procédé : d’abord, la séparation du filtre, du tabac et du papier, pour ne garder que le filtre, qui est ensuite broyé. "Passée cette phase de broyage, le mégot de cigarette passe dans des bains de dépollution qui vont capter l’intégralité des produits toxiques présents dans ces mégots." Ce plastique nettoyé est ensuite transformé en mobilier urbain. Il faut 15 000 mégots pour fabriquer un banc. 

Un recyclage encore très marginal

La difficulté, c’est que l’on ne peut pas encore imaginer ramasser les mégots à même le sol, selon Jérôme Guilard, car ils sont déjà dégradés par la pluie et les autres déchets. "Comme pour des vêtements ou du papier souillé, on ne peut pas recycler un matériau abîmé. Donc pour ces déchets, ces mégots-là, c’est déjà trop tard. La seule chose à faire, c’est de ne pas jeter des mégots au sol !"

En 2018, l’entreprise a recyclé environ 280 millions de mégots, en travaillant avec des entreprises et des collectivités à Vannes, Nantes, Castres ou encore Paris 9. Une goutte d’eau comparée aux 30 milliards de mégots qui atterrissent chaque année dans la nature, rien qu’en France.

#leplastiquenonmerci

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement le mercredi 5 juin, France Inter et Konbini consacrent une deuxième journée au plastique, véritable fléau pour le climat, les écosystèmes marins et notre santé. 

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