Le nouvel outil pour lutter contre le chômage et les discriminations à l'embauche dans les quartiers populaires est présenté aujourd'hui, alors que le gouvernement enchaîne les projets de réformes et que le risque de contestation sociale monte.

Kassim et Lucie, inscrits à la mission locale de Bondy en Seine-Saint-Denis, éligible à l'expérimentation, et dont la moitié du territoire est classé quartier prioritaire politique de la ville.
Kassim et Lucie, inscrits à la mission locale de Bondy en Seine-Saint-Denis, éligible à l'expérimentation, et dont la moitié du territoire est classé quartier prioritaire politique de la ville. © Radio France / Claire Chaudière

On connaissait les zones franches pour encourager l'implantation d'entreprises, cette fois ce sont les candidats recrutés qui devront habiter un quartier prioritaire. À la clé une subvention pour les employeurs, de 5 000 euros par an, sur trois ans, pour un CDI. 

L'expérimentation du dispositif est lancée ce lundi 5 mars à Cergy par le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard. Dans un premier temps, elle sera déployée autour de Lille, d'Angers, de Marseille, mais aussi dans le Val d'Oise et en Seine-Saint-Denis et les premiers contrats seront signés d'ici le 1er avril prochain.

Unique critère : le lieu de résidence

Frédéric Anfray dirige la société Stem, en périphérie de Cergy, qui fait de l'entretien de système de prévention incendie. Il a trois postes à pourvoir et les emplois francs l'intéressent : "Ce qui est bien, c'est qu'il n'y a pas de limite d'âge. 

On va pouvoir embaucher des jeunes mais aussi des gens en reconversion. Pour moi le diplôme n'est pas un frein, car on forme les nouveaux en interne. La subvention permettra de compenser les éventuels coût de formation supplémentaires.

Un avantage comparatif dont espère bénéficier Kassim, 24 ans, qui a grandi et vit à Bondy en Seine-Saint-Denis : 

"J'ai le sentiment que même si je suis né en France, un employeur me considérera toujours comme un étranger. Lors d'une candidature pour un boulot de commercial en porte à porte, une secrétaire m'a dit que mon patronyme avait joué en ma défaveur." 

40 % de chômage chez les jeunes, une bombe à retardement 

Le gouvernement table sur 10 à 20 000 contrats signés dès la première année du dispositif. 

Des plans banlieues et des mesures incitatives, Samir Hariche le directeur de la mission locale de Bondy en a vu passer beaucoup. Il veut y croire, mais s'interroge : 

"Avec un chômage aussi haut dans ces quartiers, on ne peut pas ne rien faire... C'est une véritable bombe à retardement. Mais il faut de la continuité. Ici les contrats aidés se sont arrêtés brutalement, alors qu'ils devaient être renouvelés. Cela crée de la défiance auprès de nos interlocuteurs dans les entreprises. Et puis il faut de l'accompagnement. A ma connaissance il n'y a pas de moyens dédiés à l'accompagnement de ces nouveaux emplois francs." 

Expérimenté mais de manière plus restrictive en 2013 sous François Hollande, les emplois francs avaient été abandonnés un an plus tard, n'ayant donné lieu qu'à 250 contrats au total. La nouvelle formule du dispositif ne comporte donc aucun critère d'âge, ou d'expérience professionnelle. 

"Tel qui a été conçu, sans aucune autre condition d'éligibilité que le lieu de résidence, cette nouvelle formule des emplois francs marque un changement de logique pour les politiques de l'emploi en direction des quartiers prioritaires. Il ne s'agit plus d'un contrat aidé pour des publics ciblés en fonction de leur éloignement de l'emploi, mais d'une véritable mesure de discrimination positive territoriale", indique le sociologue Renaud Epstein, spécialiste de la politique de la ville.

Une mesure qui pourrait donc s'avérer plus efficace que les précédentes. A moins qu'elle ne parvienne pas à convaincre les employeurs et rejoigne les rangs déjà bien garnis des expérimentations ratées en la matière.

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