La Corée du Sud se trouve face à un phénomène de société inédit avec plus de 250 000 jeunes fugueurs dans les rues.

Une jeune femme en bicyclette dans la banlieue de Pyongyang, 11 octobre 2015.
Une jeune femme en bicyclette dans la banlieue de Pyongyang, 11 octobre 2015. © Reuters / Damir Sagolj

Je fugue… souvent. Parfois pour des longues périodes, jusqu’à six mois. Parfois c’est plus court, une à deux semaines.

Nous sommes en Corée du Sud et vous venez d’entendre une jeune coréenne qui comme plus de 250 000 adolescents dans le pays a choisi de fuguer de chez elle. Un nombre très élevé, alors que le pays compte 50 millions d’habitants. Le pays fait face à ce problème de société qui est inédit. Beaucoup d’entre eux choisissent de fuir la violence parentale, mais aussi de s’échapper d’une pression scolaire et sociale trop forte. Déscolarisés, parfois introvertis, renfermés sur leur portable ils sont largement ignorés par le pays qui préfère fermer les yeux. Dans la banlieue de Séoul, une association catholique essaie de leur venir en aide grâce à un bus transformé en centre d’accueil, le bus « AGIT ». Frédéric Ojardias est allé à leur rencontre.

Elle s’est choisi comme pseudonyme « Ellys ». Elle a 17 et elle a fui son foyer depuis plusieurs années déjà.

-Au début, avec ma famille, il n’y avait pas de problème. Et puis… je suis sortie de plus en plus m’amuser avec mes amis… j’ai arrêté le collège, mes parents se sont fâchés, nous nous sommes éloignés. Notre relation s’est dégradée, et je n’ai pas envie de rentrer à la maison. - Où dors-tu la nuit ? -Dans un centre d’hébergement. Quand j’ai de l’argent, je passe la nuit dans un sauna ouvert 24H/24… Ou alors au café Internet, ou au karaoké… Le temps passe vite.

Le bus « AGIT » s’est garé dans un quartier « chaud » de la banlieue de Séoul. Tout autour, des néons, des clubs, des karaokés, des magasins… Les bénévoles distribuent repas et vêtements aux ados de passage.

Ces fugueurs survivent grâce à des petits boulots. La moitié des filles a recours à la prostitution, estime le quotidien Hankyoreh. Les garçons peuvent être recrutés par les gangs locaux. Beaucoup sont victimes de violences. « Jack » - un pseudonyme – est un jeune visiteur régulier du bus :

- C’est dangereux ! Pour les femmes, beaucoup de choses peuvent arriver la nuit… Elles peuvent avoir des problèmes n’importe où, et n’importe quand. Elles doivent vraiment faire attention, c’est très dangereux. -Et la nuit, tu dors où ? -Dans la maison d’un ami. Ou au motel. Parfois dans un foyer. Sinon, dans un lieu public.

La plupart des fugueurs de Corée du Sud fuient des violences familiales. D’autres cherchent à échapper à la pression du système éducatif, considéré le plus compétitif au monde.

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