Voici les propos tenus par Arnaud Montebourg à propos de l’euro fort (le 23 février dernier sur RTL):

L’euro, si on le faisait baisser de 10%, cela créerait 150.000 emplois et cela règlerait une partie du déficit extérieur. Et cela nous donnerait 1 point de croissance en plus. Les Italiens, M.Prodi, les industriels italiens, les Espagnols, les Belges... Tout le monde pense en Europe que l’euro aujourd’hui n’est pas à la bonne parité.

Il suffit de baisser l’euro de 10% pour créer 150.000 emplois, dit le ministre du Redressement productif : vrai ou faux ?

la direction de la concurrence à bruxelles dans le viseur de montebourg
la direction de la concurrence à bruxelles dans le viseur de montebourg © reuters

Vrai, si l’on se base sur les estimations du Trésor reprises dans le projet de loi de finances 2014. Selon cette estimation, on crée 150 000 emplois si l’on baisse l’euro de 10%, mais, Arnaud Montebourg, oublie de le préciser, seulement au bout de 2 ans. Une note du Conseil d’analyse économique donne une fourchette à peu près semblable. Le ministre du Redressement productif a donc raison.

Prenons un exemple, un vigneron du Bordelais qui vend une caisse de vin 100 euros aux Etats-Unis, soit 137 dollars. Si l’euro baisse de 10%, et revient à son niveau d’il y a six mois, ça veut dire que son vin vaudra 14 dollars de moins. A

vec cette somme, le viticulteur peut choisir : gonfler ses marges ou réduire ses prix, mais en tous les cas, cela veut dire de la croissance en plus. Un coup de pouce de 0,7% si l’on en croit les calculs du Conseil d’analyse économique.

Mais ce n'est pas si simple que cela. D’abord parce que baisser l’euro, cela veut dire que nos produits d’importations vont devenir plus chers. Le prix du pétrole, et donc le prix de l’essence à la pompe, va augmenter. Mais aussi les biens intermédiaires, les machines par exemple, que les entreprises ont besoin d’acheter. Du coup, cela augmente les coûts de production.

Explication de Philippe Martin, économiste à Sciences Po , l’un des auteurs de la Note :

Son

Comment s’y prendre pour baisser l’euro ? C’est bien ça le problème. Arnaud Montebourg ne l’explique pas du tout. Baisser l’euro, ça ne se décrète pas à Paris. La Banque centrale européenne de Francfort, qui mène la politique monétaire, est indépendante.

Même si, comme le dit le ministre du Redressement productif, les Italiens, les Belges, tout le monde pense que l’euro n’est pas à la bonne parité, il faut l’accord ou au moins la neutralité de l’Allemagne, or l’Allemagne, l’Autriche, ou encore la Finlande ne veulent pas d’une baisse de l’euro.

Depuis les années 30, les Allemands détestent l’inflation qui leur rappelle de mauvais souvenirs et les produits qu’ils exportent sont moins sensibles à la concurrence des prix. Du coup, il va falloir trouver d’autres solutions.

Sources :

  • L’euro dans la « guerre des monnaies » , Les notes du conseil d’analyse économique, n° 11, janvier 2014 , par__ Agnès Bénassy-Quéréa, Pierre-Olivier Gourinchasb, Philippe Martinc et Guillaume Plantind
  • Rapport économique, social et financier, Tome I (Perspectives économiques et des finances publiques)
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