Un an après l'installation de 72 demandeurs d'asile au centre d'accueil et d'orientation de Châteaudouble, petit village de 450 habitants dans le nord du Var, "tout se passe bien avec la population", témoigne le maire. Fin-septembre 2018, Marine Le Pen était venue dire son opposition au projet.

Centre d'accueil et d'orientation des demandeurs d'asile de Châteaudouble dans le Var
Centre d'accueil et d'orientation des demandeurs d'asile de Châteaudouble dans le Var © Radio France / Rémi Brancato

À Châteaudouble, dans le Var, les habitants se sont habitués à la présence d'Afghans, de Somaliens, de Sénégalais ou encore de Maliens. En ce moment, ils sont 65 à occuper une des 72 places du centre d'accueil et d'orientation (CAO), installé fin septembre 2018 sur les hauteurs du village de 450 âmes. Quelques jours avant son ouverture, il y a un an, Marine Le Pen avait tenté de venir dire son opposition au projet, rapidement repoussée par des manifestants hostiles à ses idées

Retour à Châteaudouble, un an après, alors que se tient, ce lundi, le débat sur l'immigration à l'Assemblée nationale

L'opposition au centre, vite dissipée

"Certains maires RN m'ont dit : 'Vous allez voir, vous n'allez plus oser sortir, ils vont vous violer', vraiment pour faire monter la peur" se souvient Myriam, bénévole, vice-trésorière au "Cercle Saint-Martin", le bar associatif, installé au centre de Châteaudouble, véritable "cœur du village". Mais depuis, l'agitation et la polémique sont vite retombés

Le village de Châteaudouble dans le Var
Le village de Châteaudouble dans le Var © Radio France / Rémi Brancato

Dans le centre, la vie suit son cours. "Je suis ici huit mois", tente Wazik, Afghan, dans un français hésitant, devant Anne-Marie, bénévole de l'association "Pays de Fayence solidaire", qui intervient aussi à la frontière italienne. "Il manque quelque chose", le corrige-t-elle : "Je suis ici 'depuis' huit mois". Outre les cours de français, elle vient régulièrement conduire certains résidents en mini-van pour des sorties, randonnées ou baignades. "Les sorties, c'est un partage", sourit-elle. Un grand repas commun a aussi été organisé cet été dans le village. Chacun y a préparé sa spécialité. 

Des activités organisés par les habitants

"Avec les habitants du village, cela va parfaitement entre nous", témoigne Amidou, Malien : "Ils sont gentils, ils nous invitent" complète Cheikh. "On n'a pas remarqué de racisme" conclut ce Sénégalais, installé ici quasiment depuis l'ouverture du CAO. "Certains avaient vraiment peur, je le comprends, mais depuis un an je pense que les idées ont changé, j'en suis fier", sourit le maire du village, Georges Rouvier. "Ce sont des opinions nées peut-être de stéréotypes et de fantasmes, mais après, cela se dissipe dans le temps et tout se passe bien" confirme Édith Monier, responsable pour la région PACA de l'association "forum réfugiés" qui gère le CAO.

Cheikh, dans sa chambre du CAO de Châteaudouble
Cheikh, dans sa chambre du CAO de Châteaudouble © Radio France / Rémi Brancato

Régulièrement, des habitants rendent visite aux résidents, dans la salle commune. "Je fais des petits gâteaux ou des beignets", témoigne "mamie" Claudine, surnom donné par les demandeurs d'asile à cette septuagénaire de Châteaudouble qui aime passer ses soirées à discuter "en français" avec ces jeunes exilés : "Ils ont besoin de tendresse".

L'ennui et l'isolement guettent les demandeurs d'asile

Car même si les habitants qui, comme elle, s'engagent aux côtés des demandeurs d'asile sont finalement assez peu nombreux, l'installation du CAO dans une ancienne maison de retraite sur les hauteurs du village n'a pas suscité les remous annoncés par certains. Le vrai problème pour les résidents, ce n'est pas le rejet des habitants, mais l'oisiveté.

Avec 6,80 euros d'aide quotidienne de l'Etat, les courses sont parfois bien minces. "On ne touche pas assez d'argent, on a tout juste de quoi manger, on aimerait travailler, mais on n'est pas autorisé", regrette Mustapha. Le potager aménagé il y a quelques mois, et les dons des voisins, permettent toutefois de compléter le garde manger.

Jouer au foot, c'est un langage universel, cela a créé un lien avec les habitants

"On s'ennuie beaucoup, toujours dans notre chambre", poursuit le jeune afghan : "On a un minibus qui ne part que le matin pour Draguignan, et c'est une petite ville". L'association Forum Réfugiés a acheté un mini van pour transporter ses résidents, notamment pour les courses au supermarché et les démarches administratives. Mais beaucoup souffrent de l'isolement.

Parties de foot et cours de musique

Alors le soir, c'est devenu une tradition, beaucoup se déplacent jusqu'au terrain de football voisin. "Jouer au foot, c'est un langage universel, cela a créé un lien avec les habitants du village de jouer avec eux", sourit Elie, jeune habitant du village, qui a travaillé quelques mois au CAO, qui embauche six personnes, tous des locaux et qui vient souvent taper la balle avec ses nouveaux amis.

Sur le terrain de football de Châteaudouble, dans le Var, la partie quotidienne des demandeurs d'asile
Sur le terrain de football de Châteaudouble, dans le Var, la partie quotidienne des demandeurs d'asile © Radio France / Rémi Brancato

Quelques notes de Brassens proviennent de la salle polyvalente voisine. À l'intérieur, les répétitions d'un groupe de musique, qui a intégré Ismaïl, Somalien. "Je fais de mon mieux pour chanter en français, car en Somalie, ma famille ne voulait pas que je chante et ici, je fais ce que je veux", sourit le jeune homme, qui attend, comme les autres, l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et espère obtenir le statut de réfugié. Son rêve ? Être un jour architecte à Grenoble, ou Toulon.

"Le fait que nous, on les accueille, c'est super important", souligne Marianne l'animatrice du groupe. Ces derniers mois, un iranien et un éthiopien faisaient aussi partie du groupe. Depuis seul un des deux a obtenu l'asile. L'autre est parti sans donner de nouvelles : "On espère qu'il aura de la chance", conclut Marianne. 

En tout, en comptant arrivées et départs, le centre a accueilli 104 migrants depuis un an. L'État a prévu de le maintenir ouvert encore un an. Le maire ne serait pas opposé à une prolongation.

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