Alors qu'approche le dixième anniversaire de la mort d'Augusto Pinochet, sa femme est sous le feu des critiques.

Des fois, nous sommes économiquement sur la corde raide, tout près de la ruine, et Dieu nous tend la main.

Nous sommes à Santiago du Chili et vous venez d’entendre Lucie Hiriart l’épouse de l’ancien dictateur Augusto Pinochet. Ces mots, elle les a prononcés en 2011 devant des femmes en difficulté que sa fondation sociale, Cema Chile, est censée soutenir. Des mots qui sonnent aujourd’hui bien cyniques. A dix ans de la mort d’Augusto Pinochet, une enquête journalistique révèle que Lucia Hiriart a utilisé cette fondation pour s’enrichir, à hauteur de plus de 15 millions d’euros. Un scandale non jugé qui s’ajoute à la liste du lourd héritage laissé par Pinochet.

CemaChile naît en 1954. Cette fondation destinée à aider les femmes les plus pauvres est alors dirigée par les premières dames. A l’arrivée d’Augusto Pinochet au pouvoir en 1973 par un coup d’Etat, sa femme Lucia Hiriart met la main dessus. La journaliste Monica Gonzalez dirige CiperChile, le site de journalisme d’investigation qui a révélé le scandale.

« Elle la transforme alors en une institution très puissante, parallèle aux forces armées. Je m’explique : avec des organisations, des sièges sociaux dans tout le Chili, au travers desquelles elle établit un système de contrôle et d’espionnage sur les femmes des quartiers sensibles. Elle obtient de Pinochet qu’il lui cède peu à peu une énorme quantité de biens, immobiliers et financiers, des biens de l’Etat. »

Des biens publics qu’il lui cède gratuitement. CemaChile obtient au moins 236 maisons, bâtiments, terrains souvent stratégiques dans tout le pays. Au retour de la démocratie en 1990, Lucia Hiriart s’arrange pour conserver la main mise sur cet empire. C’est seulement face au scandale et à 93 ans qu’elle finit par démissionner de la présidence en juillet dernier.

Cema Chile, supposé aider les femmes dans le besoin, ne respecte plus ses statuts. La fondation maintient seulement deux centres actifs. C’est devenu une société écran pour continuer à recevoir des dons des municipalités. Dans un de ses centres, nous avons découvert par exemple qu’il n’y avait rien, pas même un employé.

Cema Chile a en fait servi de porte-monnaie à Lucia Hiriart. Elle a vendu des propriétés appartenant à l’Etat pour plus de 12 millions et demi d’euros. Nivia Palma dirige le ministère des biens nationaux, qui s’est porté partie civile.

Ca touche directement le patrimoine de tous les Chiliens. Et ce sont des propriétés qui auraient pu parfaitement servir à la société à des fins sociales. Il y a eu ici un enrichissement illégal, un abus de pouvoir.

Les avocats de Lucia Hiriart ont déjà proposé de rendre à l’Etat les propriétés lui appartenant. Une tentative de clore l’affaire et de garantir à l’épouse la même impunité dont a joui son mari jusqu’à sa mort.

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