La manière d'évoquer l'éducation sexuelle provoque un vif débat au Mexique avec l'arrivée des nouveaux manuels scolaires.

Il y a beaucoup de désinformation au Mexique. Pour cette raison, il y a beaucoup de jeunes qui ignorent comment fonctionnent leur corps et qui ne savent pas comment se protéger, donc moi je suis favorable à l’éducation sexuelle dès un jeune âge.

Nous sommes à Mexico et vous venez d’entendre Aquetzalli une étudiante qui se positionne sur le débat qui secoue la société mexicaine à cette rentrée scolaire. Dans ce pays, les manuels scolaires distribués par le ministère de l’Education à tous les établissements du pays risquent d’être jetés au bûcher à l’instigation de certains groupes conservateurs. En cause? L’éducation sexuelle. Des parents d’élèves et des élus de la droite catholique considèrent en effet que le programme d’enseignement contient un excès d’information sur la biologie humaine et le système reproductif, qui inciterait les enfants à la débauche. Ce serait même, selon eux, du côté de ces manuels qu’il faudrait chercher la cause du nombre effarant de grossesses adolescentes enregistrées ces dernières années. Emmanuelle Steels, notre correspondante à Mexico a rencontré les opposants et les défenseurs de l’éducation sexuelle à l’école.

La biologie humaine dans son plus simple appareil… C’est ce que Luz Maria Ortiz, désigne d’un doigt accusateur dans les manuels scolaires. La présidente de l’Union des parents d’élèves du Nuevo Léon, la région la plus riche du Mexique, réclame que ces livres soient mis à l’index. Elle affirme que les enseignements qu’ils contiennent imposent une idéologie de genre, qu’ils incitent à l’homosexualité ou… tout simplement, à la sexualité.

Ce n’est pas de l’éducation sexuelle. C’est de la stimulation. On stimule les enfants sur le plan sexuel. Le problème c’est qu’il s’agit de livres éducatifs. L’éducation publique au Mexique fait la promotion des relations sexuelles auprès des enfants. L’école n’a pas pour vocation de promouvoir, et c’est de la promotion! Si on révise les statistiques, on constate que les grossesses chez les jeunes ont augmenté, et que l’âge auquel les jeunes filles tombent enceinte a diminué.

Les associations catholiques de parents d’élèves déplorent que l’abstinence ne soit pas valorisée auprès des jeunes. Chaque année, plus de 400 000 adolescentes mènent leur grossesse à terme au Mexique. Le sociologue Carlos Welti, qui a étudié ce phénomène, est, lui, un ferme défenseur de l’éducation sexuelle comme instrument de prévention.

Ce phénomène, parmi d’autres, est un indice clair de défaillances en matière d’éducation sexuelle et d’un manque d’accès réel aux méthodes contraceptives. Ceux qui proposent de limiter l’éducation sexuelle méconnaissent la réalité et ils méconnaissent l’ignorance, la désinformation des jeunes dans ce domaine actuellement.

Face aux menaces brandies par des élus conservateurs d’arracher les pages consacrées à l’éducation sexuelle ou de brûler les livres, voire même d’occuper les écoles, le ministère de l’Education mexicain refuse de céder : la biologie humaine et les méthodes contraceptives seront enseignées sans tabou. (fin reportage)

Désannonce optionnelle pour le présentateur (au cas où le sujet serait trop court) : Et puis, ces mêmes groupes conservateurs qui protestent contre l’éducation dans les écoles ont annoncé des manifestations dans les principales villes du Mexique les 10 septembre et 24 septembre contre le projet du président Enrique Peña Nieto de légaliser le mariage égalitaire (mariage homosexuel) dans tout le pays.

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