Pour la première fois, 17 collectifs et associations d'aide aux migrants suspendent leurs activités ce mardi à Paris pour dénoncer la situation des personnes exilées dans les campements de la capitale, et refusent de continuer à "suppléer un gouvernement et un État défaillants". Reportage porte de la Chapelle.

Veille sanitaire de Médecins du Monde sur le campement de migrants de la porte de la Chapelle à Paris
Veille sanitaire de Médecins du Monde sur le campement de migrants de la porte de la Chapelle à Paris © Radio France / Rémi Brancato

C'est une première : 17 associations ou collectifs citoyens* venant en aide aux migrants à Paris ont décidé de suspendre leurs activités ce mardi afin de dénoncer une situation "qui n'est désormais plus tenable" dans les campements de la capitale, qui se reforment inlassablement. Ce mardi, il n'y aura donc aucune distribution de vêtements, de tentes et duvets, aucun consultations médicales ou information sur les droits. Seules les distributions alimentaires sont maintenues.

Des bagarres dans les campements

Les associations et collectifs, parmi lesquels Médecins du Monde, le Secours Catholique ou la Ligue des Droits de l'Homme appellent à un rassemblement ce mardi place de la Rotonde Stalingrad à 17 heures pour mettre en avant leur action. Ils disent ne plus accepter "de suppléer un gouvernement et un Etat défaillants". 

Sur le campement de la porte de la Chapelle, ce lundi, plusieurs migrants se présentent avec des plaies, au visage notamment. Ils viennent consulter les médecins et les infirmiers de Médecins du Monde, l'association qui propose une veille sanitaire ambulante, dans son camion. "Un coup de couteau ?" questionne le médecin, qui fait le pansement. Des bagarres ont éclaté ces dernières nuit sur les campements, signe de tension, et d'une situation qui se dégrade, pour les associations. 

Veille sanitaire de Médecins du Monde sur le campement de migrants de la porte de la Chapelle à Paris
Veille sanitaire de Médecins du Monde sur le campement de migrants de la porte de la Chapelle à Paris © Radio France / Rémi Brancato

Plus d'un millier de personnes dans des tentes

Selon les décomptes des ONG, plus d'un millier de personnes vivent encore dans des tentes dans les campements du nord de la capitale. "Cet endroit est beaucoup trop sale, il y a beaucoup de virus, j'ai besoin d'un endroit sain pour vivre, cet endroit n'est pas fait pour vivre" dit Mohammed, qui montre des plaques purulentes, sur son cou. 

Il patiente avec une vingtaine d'autres jeunes hommes, majoritairement pakistanais ou afghans, devant le camion de l'association, qui s'installe trois fois par semaine aux abords des campements parisiens.

Les associations demandent une mise à l'abri immédiate

"Les associations et les collectifs ne devraient pas exister, si l'Etat faisait son travail, toute personne qui cherche un hébergement devrait y arriver" s'insurge pour sa part Louis Barda, coordinateur de Médecins du Monde à Paris, pour expliquer le mouvement de suspension des activités de ce mardi. Les organisations d'aide aux migrants réclament toujours une mise à l'abri immédiate et inconditionnelle, et s'adressent désormais au Premier ministre, demandant un rendez-vous afin de trouver des solutions pérennes sur ce sujet.

*17 structures ont signé l'appel à cesser les activités ce mardi : ADSF ; Collectif Audonien Solidarité Migrants ; Collectif P’tits Dej’s Solidaires ; Collectif Solidarité Migrants Wilson ; COMEDE ; Emmaüs France ; Etats Généraux des Migrations Paris ; La Gamelle de Jaurès ; Ligue des Droits de l’Homme Paris ; Médecins du Monde ; Fédération de Paris du MRAP ; Paris Refugee Ground Support (PRGS) ; Secours Catholique – CEDRE ; Secours Catholique – Paris ; Utopia56 ; Vestiaire des migrants ; Watizat.

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