Grêle, gel, sécheresse, épisodes caniculaires : la vigne subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique. Les vignerons sont donc contraints de s'adapter. Reportage dans le Bordelais.

Si les vendanges ont commencé en blanc, le raisin pour le rouge n’est pas encore tout à fait à maturité.
Si les vendanges ont commencé en blanc, le raisin pour le rouge n’est pas encore tout à fait à maturité. © Radio France / Manuel Ruffez

Les vendanges commencent dans le Bordelais. En blanc pour l’instant : il faut attendre environ 15 jours pour le rouge. La récolte est prometteuse, annoncent déjà les professionnels, surtout pour sa qualité. Parce que les quantités, elles, ne seront pas au rendez-vous. Coups de gel tardifs et répétés, violentes averses de grêle, températures caniculaires et sécheresse, la vigne est victime de ces épisodes météorologiques liés au changement climatique. Alors dans le Bordelais, les vignerons changent leur façon de travailler, et adoptent même de nouveaux cépages.

Nous sommes sur la commune de Cadillac, au Château Fayau, chez Marc Médeville, septième génération sur le même vignoble. La vigne s'étend tout autour de nous, jusqu'aux coteaux à l'horizon.

Marc Médeville dans son vignoble, sur la commune de Cadillac.
Marc Médeville dans son vignoble, sur la commune de Cadillac. © Radio France / Manuel Ruffez

Marc Médeville, vigneron, est également président de l'AOC Bordeaux et Bordeaux supérieur. Ces épisodes climatiques, il peut en parler en connaissance de cause. 

"Nous, l’an dernier, on a pris de la grêle de manière très violente. On voit vraiment des phénomènes de pluies très fortes, de froid très fort, des variations de chaleur très fortes. On a atteint 43° la dernière semaine du mois de juillet, je n’avais jamais vu ça."

Une lutte engagée depuis des années.

Alors tous cherchent des solutions. À l'image de Laurent Gassi, installé lui en bio dans l'Entre-deux-Mers, ils sèment désormais entre leurs rangs de vignes des légumineuses, des céréales, pour capter l'azote, éviter les mauvaises herbes et surtout garder la fraîcheur. 

"On fait un paillage sur le sol qui va permettre de faciliter toute une vie microbienne, puisqu’on aura cette fraîcheur entre la plante et le sol. C’est un écran pour lutter contre la chaleur et le vent qui dessèche."

Agnès Destrac, ingénieure agronome, dans la parcelle expérimentale, dite parcelle 52 parce qu’elle compte 52 variétés de vignes, sur le site de l’INRA Nouvelle-Aquitaine à Villenave-d’Ornon.
Agnès Destrac, ingénieure agronome, dans la parcelle expérimentale, dite parcelle 52 parce qu’elle compte 52 variétés de vignes, sur le site de l’INRA Nouvelle-Aquitaine à Villenave-d’Ornon. © Radio France / Manuel Ruffez

De nouveaux cépages

L'AOC Bordeaux vient d'intégrer à son cahier des charges de nouveaux cépages : c’est même la première organisation d’AOC à le faire. Des cépages qui ont été auparavant observés à la loupe, ces dix dernières années, au centre INRA Nouvelle-Aquitaine de Villenave-d'Ornon. Ils viennent en général du pourtour méditerranéen, de régions françaises, mais aussi du Portugal, de Grèce, d’Espagne.

Agnès Destrac, ingénieure agronome étudie leur comportement face au changement climatique, mais aussi leur évolution dans le sol bordelais. "On leur demande à ces cépages, d’être plus tardifs", explique-t-elle, "car le réchauffement climatique a avancé les vendanges de deux semaines en vingt ans. Mais on leur demande aussi de répondre à des critères de qualité œnologique. Si on souhaite les introduire dans les cuves à Bordeaux, il faut qu’ils répondent à une certaine typicité, à certains caractères qui permettent de les rattacher à ce à quoi on est habitué à Bordeaux."

Car évidement ces évolutions doivent se faire sans dénaturer les vins de Bordeaux... L’implantation de ces nouveaux cépages débute cette année. Il leur faut trois ans pour arriver à maturité et donner les premiers résultats.

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