Par Delphine Simon

François Hollande et Angela Merkel
François Hollande et Angela Merkel © REUTERS/Johannes Eisele

En p leine polémique sur l’austérité en Europe, la chancelière allemande s’oppose à l’instauration d’un salaire minimum en Allemagne.

*Angela Merkel affirme que les pays qui ont un Smic ont aussi un taux de chômage élevé.

Voilà ce que répond, en France, le chef de file des sénateurs socialistes, François Rebsamen (le 23 avril sur BFM TV).

C’est faux parce que le Smic, on l’a depuis très longtemps et on a souvent eu de meilleurs résultats. Il y a souvent eu plus de chômage en Allemagne qu’en France, et pourtant on avait un Smic. Elle appauvrit les travailleurs allemands.

Il y a donc eu plus souvent plus de chômage en Allemagne qu’en France, selon François Rebsamen : vrai ou faux ?

C’est faux. Il faut tout d’abord le rappeler : le Smic, Salaire minimum interprofessionnel de croissance, existe en France depuis 1970. J’ai donc épluché, années après années, les statistiques du chômage des deux pays depuis cette date. Et la conclusion, c’est que la courbe du chômage en France est quasiment toujours supérieure à celle de l’Allemagne. Alors il y a bien eu une exception : dans les années 2000, le chômage a décollé outre Rhin. Entre 2001 et 2007, il a été bien supérieur à celui de la France. Mais depuis, le nombre de chômeurs baisse en Allemagne. Aujourd’hui, c’est l’un des taux de chômage les plus bas d’Europe, en particulier chez les jeunes.

- Au final, Angela Merkel a-t-elle appauvri les travailleurs allemands, comme l’affirme François Rebsamen ?

Là, François Rebsamen a raison en grande partie. Si l’on en croit Eurostat, l’office statistique européen, le taux de pauvreté a bel et bien augmenté 4 fois plus vite en Allemagne qu’en France depuis une dizaine d’années. Il est aujourd’hui supérieur de deux points en Allemagne si l’on tient compte des transferts sociaux.

Selon les dernières statistiques officielles allemandes de l’institut Destatis, 1 Allemand sur 5 est menacé par la pauvreté et par le risque d’exclusion sociale.

Pour Eric Heyer, économiste à l’OFCE, c’est dû, en grande partie, à la mise en place des lois Hartz, du nom du ministre allemand du Travail. Des réformes initiées non pas par la libérale Angela Merkel, mais par son prédécesseur, le social démocrate Gerhard Schroeder, entre 2003 et 2005.

En Allemagne, entre le chômage et la pauvreté, ils ont fait le choix de la pauvreté. Il y a bien une paupérisation du nombre de travailleurs en Allemagne. 2,5 millions d’Allemands ont un salaire horaire compris entre 2 et 5 euros, avec une durée de travail extrêmement faible et donc qui ne peuvent pas vivre de leur travail. Il y a également eu la création d’emplois à 1 euro de l’heure pour des chômeurs. Donc on voit bien que c’est antérieur à Angela Merkel, mais effectivement, le taux de pauvreté a explosé quelques années plus tard, sous Angel Merkel.

Pour préserver les emplois en temps de crise, les syndicats allemands ont accepté un gel temporaire des salaires. En pleine campagne électorale, le pouvoir d’achat revient au centre du débat. Des négociations s’ouvrent dans plusieurs secteurs industriels et les 4 principaux partis d’oppositions réclament un salaire minimum généralisé, comme c’est le cas dans 20 des 27 pays européens.

Les liens

Le blog d’Eric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques

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