Le gouvernement envisagerait de renforcer le contrôle des chômeurs et notamment de durcir certaines sanctions concernant les propositions d"'offres raisonnables d'emploi". Les négociations commencent ce jeudi.

Comment Pôle Emploi pourra définir une offre de travail "raisonnable" ?
Comment Pôle Emploi pourra définir une offre de travail "raisonnable" ? © AFP / Philippe HUGUEN

Les partenaires sociaux se retrouvent au Medef pour le premier round des négociations chômage, ce jeudi. Ils ont jusqu'au 15 février pour rendre leur copie au gouvernement. Pour cela ils se réuniront une fois par semaine.

Sur la table, l'ouverture de l'assurance chômage aux démissionnaires et aux indépendants, la création d'un bonus-malus pour limiter les contrats courts par les employeurs, mais aussi un contrôle et des sanctions contre les chômeurs qui n'accepteraient pas - selon les termes du président Macron - "deux offres de travail jugée raisonnables".

Laurent Kramer est allé à la rencontre de chômeurs dans une agence Pôle Emploi.

Qu'est-ce que l'offre raisonnable d'emploi ?

Surchargés de dossiers, les conseillers Pôle emploi n'appliquent jamais de sanctions pour une offre d'emploi refusée. 

À 50 ans et au chômage depuis près de deux ans, Émeline est inquiète sur la façon dont cette mesure pourrait s'appliquer :  "Faudrait que ce soit sur mesure, mais avec les volumes qu'ils ont à traiter ça ne peut pas être comme ça. Donc ça risque d'être un contrôle administratif sans nuance et sans adaptation aux cas particuliers."

La ministre du travail assure que les conseillers Pôle emploi feront du cas par cas, aidés bientôt par un logiciel : "mon assistant numérique" d'aide au pilotage des dossiers. 

Le gouvernement prévoit deux mois d'allocation réduite ou supprimée après deux refus d'offres d'emplois. Mais les critères pourront-ils être appliqués sans injustice se demande Raphael, 30 ans, à la recherche d'un emploi depuis six mois et prêt à faire de nombreux kilomètres pour trouver un poste dans la grande distribution : "Je suis jeune et célibataire. Dans mon emploi précédent je faisais une heure et demie de déplacement le matin et autant le soir. C'est faisable pour moi, mais pour des parents ou une mère de famille ? Ça reste un critère à apprécier pour chaque personne. Comment est-ce que l'État va qualifier une offre raisonnable ? C'est extrêmement subjectif et ça dépend des gens."

Une offre dite "raisonnable" est aujourd'hui définie, en début de recherche, par le conseiller et le demandeur d'emploi. Mais les critères évoluent dans le temps.   

Passé une année un chômeur serait susceptible d'accepter une offre sur sa qualification, à moins de 30 kilomètres et pour un salaire supérieur à ses allocations chômage.

C'est inenvisageable pour Jean Philippe, architecte d'intérieur : "J'avais un bon salaire et je travaillais à cinq minutes de chez moi en vélo. Je prendrai les sanctions et je mettrai les bouchées double pour trouver ailleurs."

Il faut regarder toutes les offres, estime de son côté Katia qui recherche dans la vente et la distribution depuis plus d'un un an : "Pour moi "raisonnable" c'est vraiment un poste intéressant. Le salaire n'est pas le seul critère, pour moi c'est plutôt les responsabilités, l'entreprise. Il faut faire des compromis."

Les conseillers Pôle Emploi redoutent des directives trop strictes issues du gouvernement. En coulisse les partenaires sociaux estiment avoir fait la démonstration, dans les cabinets ministériels, que ces sanctions ne pourront pas sur le terrain être appliquées.

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