Ces concours se multiplient depuis quelques années en classe de première ou de terminale, notamment dans les lycées classés réseau éducation prioritaire. L'art de convaincre comme outil pédagogique. Reportage au lycée Eugène Hénaff de Bagnolet, en Seine-Saint-Denis

Au lycée Eugène Hénaff de Bagnolet en Seine-Saint-Denis, un cours d'éloquence était organisé vendredi 8 juin, pour la deuxième année consécutive.
Au lycée Eugène Hénaff de Bagnolet en Seine-Saint-Denis, un cours d'éloquence était organisé vendredi 8 juin, pour la deuxième année consécutive. © Radio France / Claire Chaudière

Il s'agit de joutes oratoires devant un jury, inspirées de l'historique concours de la conférence des avocats. Le documentaire "A voix haute", tourné à l'université de Saint-Denis il y a deux ans, a participé à rendre ces tournois populaires. 

Claire Chaudière a pu assister à la finale d'un concours d'éloquence au lycée Hénaff de Bagnolet, en Seine-Saint-Denis. Initiative venue ici des élèves, mais que la direction de l'établissement a fortement soutenu. Seuls les lycéens volontaires y ont participé. 

Coachés sur plusieurs semaines

Pendant 2 heures, trois équipes de lycéens se sont affrontés sur la sélection à l'université, ou encore la sortie du nucléaire. Avant de laisser la place à quatre plaidoiries.
Pendant 2 heures, trois équipes de lycéens se sont affrontés sur la sélection à l'université, ou encore la sortie du nucléaire. Avant de laisser la place à quatre plaidoiries. © Radio France / Claire Chaudière

Ils sont fiers et cela se voit sur leur visage, malgré la peur qui commence à monter. Pendant près d'un mois Réju, Nabil, Souleya, Donia et une dizaine d'autres élèves ont été préparés par des comédiens et des étudiants. 

Je n'ai jamais fait de plaidoirie, mais je me suis entraînée, chronométrée ces derniers jours. Je suis ultra stressée. Ce qui compte, c'est la conviction que je vais mettre dans mon texte.

Oscar, étudiant en 3ème année de licence, de l'association Prométhée Education a fait partie des intervenants qui ont accompagné les élèves ces dernières semaines :

Ils ont été formés à la communication non verbale, aux techniques pour faire passer une émotion, une idée. Ils devaient rester au lycée le mercredi de 16h à 18h. Je ne sais pas si, à leur âge, j'aurais été capable de me lancer comme ça. 

Apprendre à structurer sa pensée, avoir confiance 

Lycéens, équipe pédagogique, et même élèves de l'école primaire voisine...Dans le public : environ 180 personnes. Le concours démarre par une série de joutes oratoires par équipes. Puis viennent quatre plaidoiries, pendant lesquelles les lycéens se tiennent debout devant un pupitre. Le sort des Syriens, la sélection à l'université, le viol, ce sont les élèves eux-même qui ont choisi les sujets. L'auditoire est captivé, rit parfois, est ému aussi :

On avait des frissons. Ils parlaient avec leurs tripes. C'est aussi cela qui a été récompensé, explique Héléna Régnier, proviseure adjointe et membre du jury du concours.

Pour Pascal Fourestié le proviseur du lycée Eugène Hénaff, "il y a eu des moments très forts, sur des sujets difficiles. Preuve que notre jeunesse n'a pas besoin de facilité. Ils ont fait des recherches, structuré leur pensée. Évidemment tout ça, ce sont des compétences !"

Tous savent à quel point ce qu'ils ont vécu leur servira pour la suite, et bien au delà du bac. 

"Pour les oraux du Bac français, ça peut servir, souligne Nabil, le lycéen à l'origine du concours d'éloquence, qui a su convaincre la direction de l'établissement. Mais ça va plus loin. Savoir convaincre quelqu'un, c'est le clé de beaucoup de choses". "Pour ma part, ça m'a vraiment aidé à m'affirmer, à croire en moi..." conclut Réju, l'une des gagnantes du concours. 

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