En Tunisie, les salariés de l'Instance Vérité et Dignité ont la difficile mission de recueillir les témoignages des victimes de la dictature.

"Tous les tunisiens reconnaissent qu'il y a eu des violations des droits de l'homme sous Ben Ali ou Bourguiba" : ces mots ne sont pas ceux de n'importe quelle tunisienne, mais de Sana Abid, une "écoutante", une salariée de l'instance vérité et dignité, l'IVD, chargée de recueillir les témoignages des victimes de la dictature en Tunisie.

Comme Sana Abidi en commençant son travail, les Tunisiens ont découvert en novembre, devant leur télévision, l'ampleur de la violence des régimes de Ben Ali et de Bourguiba. Justine Fontaine est allée à la rencontre de ces écoutantes, alors que de nouvelles auditions publiques seront retransmises sur la chaîne nationale samedi 14 janvier, à l'occasion du sixième anniversaire de la chute de Ben Ali.

Comme sa collègue, Ameni Abdennebi, avocate de formation, n'imaginait pas l'ampleur des crimes qu'elle allait entendre en venant travailler à l'instance vérité et dignité. Elle a été surprise par les récits de tortures en tout genre, de viols répétés, ou encore de harcèlement policier : "J'ai découvert beaucoup de choses graves, des hommes, des femmes, des enfants qui meurent en prison".

Un métier aux lourdes conséquences psychologiques

Ameni et Sana recueillent des récits de victimes, pour documenter les crimes de la dictature. Mais les auditions auxquelles elles participent ont lieu à huis clos : elles n'ont pas le droit de raconter à l'extérieur ce que déclarent les victimes. Un métier lourd psychologiquement, comme le reconnaît Oula Ben Nejma, présidente de la commission recherche et investigation à l'Instance vérité et dignité : "ça rend les écoutants un peu dépressifs, mais on a plusieurs psy qui travaillent avec nous, ils font des séances entre eux pour essayer d'oublier et de dépasser ce qu'on écoute".

Après des centaines d'heures d'écoute, Sana Abidi veut rester travailler à l'instance vérité et dignité, mais elle aimerait bientôt changer de poste au sein de l'IVD : "En tant qu'écoutant, on assume par ricochets ces douleurs, on a besoin de changer de poste pour continuer un travail efficace".

Sa collègue, Ameni, ne ressent pas ce besoin. Mais après les premières auditions publiques de victimes de la dictature, à la télévision, elle a été soulagée de pouvoir parler, indirectement, de son travail, avec ses proches, qui ont pu regarder plusieurs témoignages forts sur la chaîne nationale tunisienne.

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