Ils n'en ont pas fini avec les tribunaux de commerce. La société WN qui a repris il y a un an une partie des anciens salariés de Whirlpool a été placée en redressement judiciaire. Les éventuels repreneurs ont jusqu'à ce vendredi soir pour déposer leur dossier. Une centaine de salariés ont manifesté jeudi à Amiens.

Une centaine de salariés de l'entreprise WN devant l'hôtel de ville d'Amiens hier
Une centaine de salariés de l'entreprise WN devant l'hôtel de ville d'Amiens hier © Radio France / Faustine Calmel

Ils ont sorti les pancartes et les sifflets, pour défiler bruyamment entre leur usine et le centre-ville d'Amiens. On peut y lire leur colère, contre les entreprises qui se jouent d'eux disent-ils - "Whirlpool nous a lessivé, WN nous a essoré" - contre leur actuel patron - "Decayeux beau parleur, bon acteur, bon chialeur" - et contre l’État - "Macron est venu, on est dans la rue".

Et tous ces salariés (une centaine sur les 180 qui travaillent chez WN) racontent le même parcours. Comment ils ont cru en cette reprise, ravis de décrocher un boulot en CDI dans la même usine, avec les mêmes collègues. Et comme ils ont vite déchanté, face au manque de commandes et de travail. "On attendait et rien ne venait. Il y a des jours on n'avait pas de travail, certains jouaient aux cartes en salle de pause. On a l'impression de venir pour rien et de perdre notre temps" détaille Eric. 

Manifestation de salariés de WN à Amiens hier
Manifestation de salariés de WN à Amiens hier © Radio France / Faustine Calmel

"Rien n'est sorti de l'usine"

Car des multiples projets portés par l'industriel picard Nicolas Decayeux, président du Medef dans la Somme, peu ont abouti. "Il n'y a que les ascenseurs qui ont fonctionné", explique Sarah alors que WN envisageait la fabrication de casiers réfrigérés connectés, de voiturettes, de batteries électriques.

Après avoir longtemps cru à du mieux, les salariés ont commencé à douter. Puis ont été douchés par le placement de l'entreprise en redressement judiciaire début juin. "L’État a choisi un repreneur arrivé les mains dans les poches", estime aujourd'hui Farid, "WN a touché dix millions d'euros de Whirlpool et de l’État, et pour quoi aujourd'hui? C'était l'achat de la paix sociale."

Dix millions utilisés, mais comment ?

Et c'est sur l'utilisation qui a été faite de cette argent que les salariés sont aujourd'hui méfiants. "Notre avocat a calculé le coût de la masse salariale pour un an", poursuit Farid. "Cela fait quatre millions d'euros. WN ne paye pas le loyer, ni l'énergie sur le site. Et les fournisseurs non plus n'ont pas été payés. Alors à quoi a servi cet argent ? On veut le savoir."

Quand à un éventuel nouveau repreneur, ils sont bien peu nombreux à y croire. Les plus optimistes évoquent deux offres, dont celle d'une entreprise déjà présente sur le site. Mais "cela ne donnera pas du travail à plus d'une quarantaine de personnes" estime Christophe qui suit de près le dossier. La crainte désormais c'est de recevoir les lettres de licenciement cet été. L'usine ferme dans deux semaines et ne rouvre normalement que le 19 août.

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