Le système éducatif turc, pierre angulaire du kémalisme dans le pays, est aujourd'hui modifié par la réaffirmation religieuse et autoritaire d'Erdogan.

Le ministère de l’éducation a sorti de nouvelles versions des programmes, on ne sait pas en fait s’ils seront mis en place mais ces versions soulignent de plus en plus le rôle de la religion dans la société, même dans les livres d’Histoire.

Les manifestations se sont multipliées cette année en Turquie contre la réforme dite «Project school », aux contours flous, une récente décision du gouvernement qui touche les lycées les mieux classés du pays.

Nous sommes en Turquie et vous venez d’entendre un professeur turc, qui tient à son anonymat, et qui est membre d’une association d’historiens qui craint que les programmes dans sa discipline ne soient influencé par le parti AKP au pouvoir depuis 2002. A quelques jours du référendum sur la réforme de la Constitution prévu dimanche, les interrogations sont nombreuses. Si le oui l'emporte un régime présidentiel sera mis en place. Le chef de l’Etat Recep Tayip Erdogan concentrerait encore plus de pouvoirs et aurait la main mise sur les institutions du pays et les nominations en leur sein.Beaucoup craignent qu’il ne place ses hommes partout, en toute impunité y compris dans l’éducation. Reportage de Camille Lafrance.

Les buts de ce projet ne sont pas clairs, je n’ai pas confiance, mais jusqu’à présent ils ont changé les principaux, l’administration de ces écoles par des gens dans l’état d’esprit du gouvernement. On est écartés du processus.

Malgré la répression ambiante… Cet étudiant et ces femmes ont fait entendre leur voix dans la rue…

J’étais professeur, j’ai guidé mes élèves dans l’idéologie d’Atatürk. J’ai fait beaucoup d’efforts pour qu’ils suivent ce chemin. On va pas les laisser détruire la République !

En 2012 le président Erdogan promettait de « former une jeunesse pieuse ». Son parti l’AKP a largement développé l’éducation dans le pays mais aussi mené progressivement des réformes. Il a notamment réhabilité les écoles dites « imam hatip », qui mettent l’accent sur la religion. Plusieurs écoles publiques ont ainsi été entièrement ou partiellement transformées, là aussi les riverains s’y sont opposés :

Il y a une troisième voie. En Turquie, avec la religion on favorise l’apprentissage par coeur. Elle ne laisse pas place au questionnement.La priorité c’est d’élever des enfants avec l’esprit critique !

D’autres turcs au contraire se félicitent des évolutions en cours, en réaction aussi à une laïcité imposée à la création de la République, jugée autoritaire. Les étudiantes voilées par exemple ont pu réintégrer les universités, des salles de prière y sont parfois ouvertes ce qui fait aussi débat. Tout comme les cours de religion et de morale à l’école obligatoires eux depuis 1982. Batuhan Aydagul dirige l’intitiative de réforme de l’éducation, scrute les évolutions du système turc.

Dans la Constitution les cours ne devraient pas enseigner la religion elle même mais être à propos de la religion, mais ça n’a jamais été mis en oeuvre de cette façon. Vous devez réciter des prières etc...Il y a une continuité dans le fait de voir l’éducation comme un outil privilégié pour endoctriner les citoyens en fonction de la philosophie et de l’idéologie de l’élite au pouvoir.

Depuis le coup d’État raté et la mise en place de l’État d'urgence le président nomme directement les doyens d'université des milliers de fonctionnaires ont été limogés, voire arrêtés, l’éducation a largement été touchée.

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