En Lituanie, à la frontière avec l’oblast de Kaliningrad, territoire appartenant à la Fédération de Russie, la construction d'une clôture fait débat.

mappemonde montrant la frontière entre Lituanie et Russie
mappemonde montrant la frontière entre Lituanie et Russie © Getty / Juanmonino

À Kybartai, en Lituanie, point frontière majeur pour le rail et la route avec l’enclave russe de Kaliningrad, le chef d’orchestre Donatas Ziegoraitis fait partie de ceux qui sont contre la construction d’une clôture entre les deux pays, débutée le 5 juin :

Je ne pense pas qu’une simple clôture puisse aider à se protéger d’une véritable menace. Les gens des deux côtés échangent. Les clôtures n’apportent rien de bon et ne font qu’intensifier la pression des deux côtés. De l’autre côté, beaucoup de choses sont moins chères et les habitants de Kaliningrad viennent en Lituanie acheter ce qu’ils n’ont pas.

Pour les autorités, sécuriser la frontière extérieure de l’Union européenne est une nécessité. En effet, depuis le début du conflit en Ukraine et l’annexion de la Crimée par la Russie, la Lituanie craint pour sa sécurité. Le service militaire a été rétabli. Son budget de la défense augmente. Des renforts de l’Otan sont arrivés au printemps. Mais cela ne suffit pas, comme le considère Eimutis Misiunas, ministre de l’Intérieur :

Nous cherchons à stopper la contrebande et à freiner les flux d’immigration illégale. La Lituanie a aussi adopté récemment une stratégie pour la sécurité nationale. Les menaces ont été clairement identifiées et l’un des moyens de répondre à ces menaces est de renforcer les frontières, et celle avec l’enclave de Kaliningrad en priorité.

Le cas de l’agent secret estonien Eston Kohver, enlevé par les Russes alors qu’il se trouvait sur son territoire national est dans toute les têtes. Pour Margarita Seselgyte, spécialiste des questions de sécurité et de défense à l’Université de Vilnius, cette nouvelle clôture pourrait être efficace.

Nos relations avec la Russie se détériorent année après année. Cette clôture n’arrêtera pas les tanks, mais elle serait efficace contre des forces hybrides : des soldats russes qui passeraient la frontière, feraient semblant de s’être perdus mais auraient pour but de mener des actions de déstabilisation. C’est le scénario le plus redouté aujourd’hui.

Cette clôture et son aménagement coûteront 3,6 millions d’euros. Pour la toute première fois, la sécurisation de la frontière extérieure de l’Union européenne est financée par le budget national. Les exercices militaires russes Zapad en septembre prochain vont être un test pour la Lituanie.

Rasa Jukneviciene, ancienne ministre de la Défense :

Nous avons des centaines de milliers de militaires qui se massent à nos frontières. Le renseignement militaire a estimé pour la première fois dans son rapport l’année dernière que la menace d’une attaque conventionnelle existe.

Le secrétaire américain à la Défense James Mattis en visite à Vilnius s’est dit prêt à encore renforcer la sécurité des Baltes. Des missiles sol-air pourraient être déployés dans le courant de l’été.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.