Par Delphine Simon

l'état entend compenser la baisse de l'aide alimentaire aux plus démunis dans le budget de l'ue
l'état entend compenser la baisse de l'aide alimentaire aux plus démunis dans le budget de l'ue © reuters

Retour sur le sommet budgétaire européen du 8 février 2013 avec cette déclaration de François Hollande à propos de l’aide européenne aux plus démunis :__« Il y avait un programme qui était menacé. Ce programme, c’est celui qui permet à des associations caritatives de nourrir nos concitoyens ou de leurs venir en aide lorsqu’ils sont dans la précarité. Non seulement ce programme a été préservé (initialement 2,1 milliards lui étaient consacrés), mais j’ai obtenu que l’enveloppe puisse être portée jusqu’à 2,5 milliards » __

Alors François Hollande a-t-il sauvé l’aide alimentaire pour les plus démunis lors des négociations sur le budget européen 2014-2020 ?

C’est vrai, mais en partie seulement. En fait, le Programme alimentaire européen va bel et bien disparaitre le 1er janvier 2014, malgré les efforts de la France et du Parlement européen.

En 2010, la Cour de justice européenne l’a condamné après une plainte déposée par l’Allemagne. Plainte à laquelle se sont joints La Suède, les Pays-Bas, le Danemark, le Royaume Uni et la République tchèque. Tous ces pays considèrent que l’aide aux plus pauvres est du ressort des Etats et non de l’Europe.

A l’époque, le ministre de l’Agriculture, Bruno Lemaire, obtient un sursis de deux ans, le temps pour la Commission européenne de trouver une solution : un fond d’aide aux plus démunis, avec un budget plus réduit. Mais Berlin ne veut toujours pas en entendre parler. Le président du Conseil européen, Herman van Rompuy, revient à la charge avec une autre proposition et un budget encore moins élevé… Il était question de 2 milliards 100 millions d’euros. Mais l’Allemagne n’en veut toujours pas. A Bruxelles, lors du dernier sommet, la France a fini par arriver, après des efforts acharnés, à décrocher un accord.

François Hollande a donc raison de dire que l’aide est préservée, mais il faut bien le reconnaître, les conditions sont très différentes et le budget est amputé d’un tiers par rapport à la période précédente.

Le président du Secours Populaire Julien Lauprêtre dénonce un tsunami alimentaire.

« Il est préservé, mais il est complètement mutilé. C’est donc près de 30% du budget alimentaire destiné aux pauvres qui est réduit, mais en plus de cela, il y a un plus grand nombre de pays qui vont en bénéficier. Avant, il y avait un programme européen d’aide aux démunis. Mais c’était un programme d’aide alimentaire, tandis que là, c’est fond d’aide auquel sont mêlées les victimes du chômage, de handicap, etc. Un trou sans fond. Et on aura du mal à préserver cette priorité qui est l’alimentaire. C’est un coup très dur pour les associations. L’année dernière, le Secours populaire ave ses 80.000 bénévoles, a distribué 181 millions de repas. La moitié provenait de l’aide européenne. Si on a 30% en moins, il y a des gens qui n’auront plus d’aide. »

La balle est maintenant dans le camp du Parlement européen car depuis le 1er janvier, le Traité de Lisbonne lui accorde un droit de véto sur le budget européen.

Un budget « inacceptable en l’état » ont fait savoir les présidents des 4 groupes dans une déclaration commune. Le nouveau fond européen d’aide aux plus démunis pourrait donc être amendé en commission… Verdict le 26 avril prochain.

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