Ils avaient menacé de faire exploser leur usine. Une quarantaine de salariés et ex-salariés de GM&S dans la Creuse, ont pris tard ce mercredi soir la route de la Croisette. Un film "On va tout péter", qui retrace leur parcours, a été sélectionné dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs et sera projeté ce jeudi

C’est à la Souterraine qu'une quarantaine de salariés et ex-salariés de GM&S dans la Creuse, a pris le bus, direction la Croisette
C’est à la Souterraine qu'une quarantaine de salariés et ex-salariés de GM&S dans la Creuse, a pris le bus, direction la Croisette © Radio France / Maxime Debs

Une bouffée d'air pour ces cols bleus dont le site tourne au ralenti depuis des mois, faute de commandes suffisantes de Renault et PSA ses principaux donneurs d'ordre.  

"Un costard ?", Yann Augras délégué CGT de l’usine, connu pour sa gouaille, n’en a pas. De cravate, non plus : "j’aurais peur de m’étouffer". Dans ces conditions, la question de la valise a été vite réglée. "Une chemise, un jean, un maillot", on peut y aller.

A Cannes où certains avouent n’avoir jamais mis les pieds, les GM&S ont prévu de venir comme ils sont. Eux qui n’ont appris qu’il y a quelques jours, que leur film serait projeté en marge du Festival, à la grande surprise de tout le monde, à l’instar de Patrick : "Quand j’ai entendu qu’un type étaitun intéressé à tourner un documentaire sur nous, je me suis dit que le truc allait finir à 23 h et que personne le verrai. Là, c’est complètement fou".

Bluffé par la détermination de ces gars qui n’avaient rien à perdre, Lech Kowalski est venu et revenu encore à la Souterraine. "J’avais entendu un reportage sur France Inter. Ces ouvriers qui menaçaient de faire tout exploser. Cette usine qu’ils avaient tant aimée. Je me suis dit  whaou, j’ai envie de raconter leur histoire".

Philippe, est un élu de GM&S à la Souterraine. Ancien cheminot et sympathisant, il a été de toutes les mobilisations
Philippe, est un élu de GM&S à la Souterraine. Ancien cheminot et sympathisant, il a été de toutes les mobilisations © Radio France / Maxime Debs

Durant le tournage, des personnalités sont nées "dont les prestations dépassent très largement celle des acteurs professionnels", assure le réalisateur qui ne regrette qu’une chose : "Il ne montera pas les marches du Palais avec ces anonymes qui le mériteraient tant". La Quinzaine des réalisateurs ne donne pas droit à tant d’honneur. "C’est dommage, tellement dommage. Mais nous ferons autre chose, c’est certain !" ajoute le cinéaste avec un brin de malice.

Quelque chose d’autre mais quoi ? Si certains comme Patrick sans trop y croire évoquent l’idée,  de fouler le tapis rouge quand même – "Comment aller à Cannes, sans monter les marches ? Peut-être qu’en discutant… -  la plupart misent plutôt sur la distribution de tracts ou sur l’espoir de croiser quelques stars pour tenter de donner un peu de relief à  leur cause.

Et Yann de croiser les doigts également pour ce qui est de météo : "On espère qu’il fera beau pour dire non au gouvernement et sa politique de casse sociale dans ce pays et pour dire aux constructeurs automobiles qu’ils feraient mieux d’arrêter de faire construire leurs bagnoles à l’étranger pour qu’on conserve un peu de boulot chez nous". Et Patrick d’attendre énormément, lui, des échanges qui pourraient naître de la projection : "Aller à Cannes, c’est bien. Pour voir les paillettes et mais aussi pour montrer aux gens, habitués de voir de beaux films au cinéma que la vie, la vraie, c’est aussi ça".

800 kilomètres après, enfin l'arrivée à La Napoule, une commune proche de Cannes
800 kilomètres après, enfin l'arrivée à La Napoule, une commune proche de Cannes © Radio France / Maxime Debs
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