La crise migratoire ne faiblit pas au Venezuela. Le pays pourrait même perdre jusqu’à 42% de sa population âgée de 15 à 29 ans, selon une enquête de l'institut Gallup, des jeunes qui préfèrent tenter leur chance à l'étranger que de subir l'hyperinflation qui paralyse le pays.

Devant l'inflation qui frappe le pays, 42 % des jeunes vénézuéliens envisagent de quitter le pays
Devant l'inflation qui frappe le pays, 42 % des jeunes vénézuéliens envisagent de quitter le pays © AFP / SCHNEYDER MENDOZA

Devant le consulat du Chili, à Caracas, des dizaines de personnes patientent tous les jours pour tenter d’obtenir un visa dit "de responsabilité démocratique". Parmi elles, de nombreux jeunes. Billy a 26 ans. Depuis des mois, il bataille pour obtenir ce document créé par le gouvernement chilien au printemps dernier.

"J’en ai fait la demande le 19 avril, relate le jeune homme. Je suis venu de nombreuses fois ici demander pourquoi je restais sans nouvelles. On m’a répondu que les visas étaient donnés au hasard." Mais cette fois, la chance lui a souri : "Grâce à Dieu, j’ai enfin eu une réponse après huit mois d’attente et je vais pouvoir repartir avec les documents."

Un passeport coûte quatre fois le salaire minimum vénézuélien

Billy a aussi dû patienter des mois pour pouvoir prolonger son passeport. Les pénuries de papier, le nombre de demandes, les départs de fonctionnaires, autant de facteurs qui allongent les procédures administratives. Des procédures très onéreuses : 18 000 bolivars, soit un peu plus de 20 euros, pour obtenir un passeport. C’est quatre fois le salaire minimum touché par 8 Vénézuéliens sur 10.

"Ici, je ne pourrais jamais m’acheter une voiture avec un salaire pareil. Je ne pourrais jamais m’acheter une maison. Je peux à peine aller au marché acheter à manger explique Billy. Au Chili, je n’aurais pas une vie de luxe, mais au moins, ça vaudra le coup de faire des efforts et de travailler. Ici à Caracas, je vis avec mes parents, nous travaillons tous les trois, et malgré cela nous avons du mal à acheter à manger, c’est difficile." 

Dans ce marché du centre de Caracas un dimanche matin, les clients se font rares. Les prix ont explosé, et beaucoup sont partis à l’étranger.
Dans ce marché du centre de Caracas un dimanche matin, les clients se font rares. Les prix ont explosé, et beaucoup sont partis à l’étranger. © Radio France / Benjamin Delille

"Si tu veux vivre correctement, il faut partir d’ici"

Même pour les jeunes un peu plus aisés, rien ne donne envie de rester. Alvy a lui aussi 26 ans. Il s’apprête à partir au Pérou car il a la double nationalité. Malgré son salaire d’ingénieur, il est obligé de multiplier les petits boulots pour s’en sortir : "Je vends de choses. Des appareils électroniques que je fais importer. Tout ce qui peut m’apporter un petit complément d’argent j’essaie de le faire. C’est difficile de se projeter dans l’avenir. Si tu veux vivre correctement, il faut partir d’ici."

Le Venezuela se vide donc de sa jeunesse et de sa population. L’ONU estime qu’environ 5000 Vénézuéliens quittent chaque jour le pays. Dans un pays miné par l’hyperinflation, qui pourrait être de 10 000 000 de % en 2019 à en croire le FMI, la jeunesse préfère tenter sa chance à l’étranger, comme l’ont déjà fait 2,3 millions de Vénézuéliens depuis 2015, selon l’ONU. 

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