Alors que le Français Serge Atlaoui est détenu depuis maintenant onze ans en Indonésie, les lois hyper-répressives de Jakarta peinent à s'imposer partout dans l'archipel.

Destruction de plantations de cannabis par l'armée - Aceh Besar en Indonésie, 1er avril 2016
Destruction de plantations de cannabis par l'armée - Aceh Besar en Indonésie, 1er avril 2016 © AFP / Chaideer Mahyuddin

Le cannabis, pour moi, ce n’est pas une drogue mais une plante pleine de vertus qui a été créée par Dieu. C’est pour ça qu’avec mes amis, nous sommes favorables à sa légalisation.

Nous sommes à Banda Aceh, au nord-ouest de l’Indonésie et vous venez d’entendre Bolong, un punk de 28 ans qui vit dans la rue. Le plus grand archipel du monde est pourtant l’un des pays les plus répressifs dans le domaine de la lutte contre la drogue. Le Français Serge Atlaoui en sait quelque chose, lui qui a été arrêté en novembre 2005, il y a 11 ans, avant d’être condamné à la peine capitale et écroué, depuis, dans le couloir de la mort.Or dans cette région d’Aceh - alors qu’il n’existe pas de distinction pénale entre drogues dures et drogues douces - le cannabis pousse en quantité industrielle et fournit les deux millions de consommateurs indonésiens réguliers… en toute illégalité.

A Banda Aceh, sur l’ile indonésienne de Sumatra, le reportage de Joël Bronner.

Au même titre que l’islam, le cannabis fait partie de la culture d’Aceh. En particulier dans la cuisine.

Mujahir, 28 ans, est agriculteur et homme politique.

Si tu manges une spécialité d’ici comme le [boum-bou] ou bien simplement du poulet ou de l’agneau, il y aura des graines de cannabis dans la recette. Mais un peu, pas beaucoup… c’est pour améliorer le gout, pas pour planer. Les cuisiniers ne le diront pas car c’est illégal, mais il y en aura surement un peu.

Une habitude culturelle à laquelle les forces de l’ordre locales font la guerre avec modération, malgré la législation nationale. Sherifa travaille dans la police, elle tente de défendre ses collègues.

La police essaye d’éradiquer le cannabis, mais c’est vrai qu’elle n’y arrive pas… Même lorsqu’un champ est brulé, les plantes finissent par repousser à cause des graines. Aceh est en plus une province très étendue et il y a plein de champs partout. Au final, tout le cannabis consommé en Indonésie et dans la région vient d’ici, d’Aceh.

En réalité, c’est principalement la corruption au sein de ce pays en développement et l’éloignement géographique d’avec la capitale Jakarta, qui expliquent ce système de deux poids/deux mesures dans la lutte contre la drogue. Didi, 37 ans, est fonctionnaire, il fume plusieurs joints par jour.

D’après la loi, on encourt en théorie de 4 à 5 ans de prison pour consommation de cannabis, et pour le dealer c’est au minimum 5 ans de réclusion. Mais dans les faits, sur le terrain, ces sanctions ne sont jamais appliquées puisqu’on peut payer les policiers.

Une manière, à Aceh, de faire perdurer l’exception culturelle.

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