A la veille du projet de loi Asile et immigration, des parlementaires déposent des amendements, pour demander que, dans les zones d’attente d’aéroport gérés par la police aux frontières, il n’y ait plus de mineurs privés de liberté. Reportage dans cette zone d’attente à Roissy, avec un sénateur qui veut changer la loi.

Poste de police de la zone d'attente de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle
Poste de police de la zone d'attente de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle © Getty / Jean-Pierre Rey

A l'entrée de la ZAPI, la zone d’attente pour personnes en instance, des policiers ont les yeux rivés sur des écrans de vidéosurveillance. D'autres, polyglottes, proposent en anglais, un kit d'hygiène à un jeune homme au regard perdu. Dans le hall, un père et sa petite fille attendent à côté d'une petite valise rose en forme d'animal. L'an dernier, 9 000 hommes, femmes et enfants se sont retrouvés coincés, plus ou moins longtemps, dans cette zone d'attente internationale située au bout des pistes de Roissy

Chambre familiale à la ZAPI de Roissy, où parents et enfants peuvent être bloqués jusqu’à vingt jours.
Chambre familiale à la ZAPI de Roissy, où parents et enfants peuvent être bloqués jusqu’à vingt jours. © Radio France / Sophie Parmentier.

Ils sont en ce moment une cinquantaine, dont quatre mineurs -deux mineurs isolés, et deux accompagnés de leurs parents. "Ces voyageurs sont bloqués parce qu'ils n'ont pas leurs papiers en règle. Une bonne partie n'ont pas bien préparé leur séjour en France, mais sont de bonne foi", explique un capitaine de de la police aux frontières. La PAF peut enquêter jusqu'à vingt jours maximum, sur tous ces arrivants d'horizons divers, qui peuvent aussi être libérés dès le quatrième jour par un juge des libertés et de la détention.

Dans la cour de la ZAPI de Roissy, entourée de barbelés, les voyageurs bloqués par la police aux frontières font sécher leur linge.
Dans la cour de la ZAPI de Roissy, entourée de barbelés, les voyageurs bloqués par la police aux frontières font sécher leur linge. © Radio France / Sophie Parmentier.

La ZAPI de Roissy s'étend sur deux niveaux, sous la lumière blafarde de faux-plafonds, avec des fenêtres sans barreaux, mais qui donnent sur des grillages hérissés de fils de fer barbelés. Au milieu d'un couloir, Nabil, 22 ans, le regard doux et triste. Il a fui le Maroc en avion, avec un visa pour aller assister à un match de la coupe du monde de football en Russie, sauf qu'il a fait escale à  Paris. 

Nabil, 22 ans, arrivé du Maroc. Il espère obtenir l’asile pour rejoindre son frère à Marseille.
Nabil, 22 ans, arrivé du Maroc. Il espère obtenir l’asile pour rejoindre son frère à Marseille. © Radio France / Sophie Parmentier

"Je veux demander l'asile. Mon rêve, c'est l'Europe. Et maintenant, j'attends la réponse de la police. Je veux partir chez mon frère. Il habite à Marseille."

Derrière une porte magnétique, d'autres jeunes gens, tous mineurs, sont pris en charge par la Croix-Rouge. Un adolescent de 17 ans est assis sur un canapé, dans une pièce pleine de jeux d'enfants, avec des globes terrestres, et "bienvenue", écrit en toutes les langues. Ici, le traumatisme des enfants est palpable, témoigne la médiatrice interprète, qui voit souvent les enfants en larmes quand ils arrivent, avec ou sans parents. "Il y en a qui nous racontent leur histoire, il y en a qui ne peuvent pas raconter, parce qu'ils sont formatés au départ, ils ont des consignes de ne rien dire. Il y en a qui nous disent qu'ils ont perdu leurs parents. Il y en a qui arrivent à avouer qu'on leur a donné de l'argent pour partir. Il y a des jeunes filles, leur finalité, c'est un mariage forcé." La médiatrice de la Croix-Rouge se souvient aussi de cette jeune fille de 16 ans, qui avait débarqué ici, avec son propre bébé. 

Il n'y a pas que les mineurs isolés qui sont en souffrance. Même les mineurs accompagnés de leurs parents le sont, estime Tiphanie Zarria, jeune bénévole de la Croix Rouge. "Il y a des situations traumatiques qui sont exprimées. Les enfants vont peiner à dormir, faire beaucoup de cauchemars. Ils vont exprimer de la destructivité au travers leurs jeux. On ressent aussi énormément de culpabilité de la part des parents." Les parents attendent ici, stressés, dans de petites chambres bleues avec un point d'eau sommaire et vue sur les tarmacs. Ils peuvent aller et venir librement dans la zone. Mais l'unique cour à l'air libre, est entourée de barbelés.

Le sénateur socialiste des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli, venu visiter la ZAPI, est certain qu’il faut faire bouger les choses, en particulier pour les mineurs. C'est pourquoi il vient de déposer avec d'autres deux amendements qui lui tiennent particulièrement à coeur, pour exclure les mineurs de ces zones qu'il perçoit comme des "prisons". "Parce qu'on part du principe qu'un mineur, qu'il soit isolé, ou accompagné, ça reste un mineur et donc il n'a pas à être dans un lieu de privation de liberté. Après je pense qu'il y a des solutions à débattre. Car les forces de police m'ont dit aussi que pour les mineurs isolés, les ZAPI permettent de couper les filières, ça permet que les réseaux d'immigration de mineurs ne les récupèrent pas". Mais le parlementaire estime que ces mineurs seraient davantage à leur place, dans d'autres structures, qui seraient gérées par l'Aide sociale à l'enfance plutôt que par la police aux frontières.

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