Des chercheurs français ont profité d'un concours international de jeunes chefs d'orchestre pour étudier comment les émotions générées par la musique se transmettent au et parmi le public.

Le jeune chef de Hong Kong Ngai Cheung Sit, 30 ans, avec l'orchestre Victor Hugo de Franche Comté
Le jeune chef de Hong Kong Ngai Cheung Sit, 30 ans, avec l'orchestre Victor Hugo de Franche Comté © Radio France / Sophie Bécherel

Comme tous les deux ans, l'un des plus grands concours internationaux de jeunes chefs d'orchestre a lieu à Besançon. Toute la semaine, 20 chefs de moins de 35 ans, de 12 nationalités, sont invités à jouer différents morceaux afin d'être départagés. Un jury de professionnels juge la technique et le jeu musical des candidats. 

De leur coté des chercheurs profitent de l'occasion pour étudier comment les émotions générées par la musique se transmettent au et parmi le public. Ce partage pourrait être utilisé dans le diagnostic de la conscience chez les personnes en état végétatif. Des médecins du CHU de Besançon cherchent à mesurer et décrypter dans le cerveau cette émotion collective.

Assis dans les fauteuils d'orchestre, une brochette de spectateurs tous mélomanes, équipés de casque à électrodes. Leur doigts sont aussi reliés à un capteur et sur leur genou, un boitier pour dire ce qu'ils ressentent : émotion nulle, moyenne, forte ou carrément le grand frisson... Lors des quarts de finale ce mardi, un certain consensus s'est fait autour d'un jeune chef américain mais tous les volontaires n'étaient pas unanimes. "Je n'ai ressenti de frisson qu'avec l'Américain" note ainsi Jean-Paul. Colette son épouse l'a trouvé "bien" mais pas au sommet de ses émotions du jour. 

Des volontaires équipés de casques pour recueillir en temps réel les émotions face à  la.musique
Des volontaires équipés de casques pour recueillir en temps réel les émotions face à la.musique © Radio France / Sophie Bécherel

C'est Lionel Pazart, médecin au CHU de Besançon et chercheur au laboratoire de neurosciences intégratives et cliniques qui mène cette étude. Si les comportements de groupe, notamment les mouvements de foule, ont été plutôt bien étudiés par la science, les émotions elles n'ont jamais fait l'objet d'étude de grande envergure. Pourtant, explique t-il, "il suffit de voir le travail sur un circuit de Formule 1 ou dans un bloc opératoire pour réaliser que la synchronisation parfaite aboutit à une émotion partagée souvent décrite au bloc comme un orgasme collectif". 

"C'est l'émotion partagée que l'on recherche. Ces moments-là peuvent être produits par un chef d'orchestre plutôt qu'un autre, par un morceau plutôt qu'un autre ou un orchestre plutôt qu'un autre. Surtout, ce que l'on voudrait voir c'est à quel moment le moment de partage intervient et est-ce qu'on capte un signal". 

Si le directeur du concours et du festival de musique de Besançon, Jean-Michel Mathé, se dit curieux de voir si la science parvient à lever le mystère sur les émotions qu'engendre la musique ou les musiciens, pour les scientifiques, cette étude présente un autre intérêt. En tant que clinicien hospitalier, Lionel Pazart aimerait améliorer le diagnostic des personnes en état végétatif. "Certains signes comme les larmes peuvent être des réflexes et non des émotions. Ce qui nous importe c'est de savoir si la personne est inerte ou bien si elle ressent quelque chose" explique t-il. Son idée : utiliser une musique importante pour le patient, la lui faire écouter avec ses proches, les soignants et voir si cela génère des émotions objectivées. D'où l'importance d'avoir des marqueurs précis, autrement dit des signaux objectifs. 

Le meilleur chef sera choisi lors de la finale samedi. Le panel de volontaires verra alors si ses propres préférences coïncident avec le choix du jury et si professionnel ou simples mélomanes ont été émus de la même interprétation.

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