Depuis 6 mois, le pays fait face à une vague d'assassinats encouragée par le Président Rodrigo Duterte au nom de la lutte contre le trafic de drogue.

Conséquence de la guerre brutale à la guerre les cercueils s'entassent
Conséquence de la guerre brutale à la guerre les cercueils s'entassent © Getty / NOEL CELIS

Chaque mois, on enterre près de douze corps non identifiés. Il y en a plein.

Nous sommes à Manille aux Philippines et vous venez d’entendre un homme, croque-mort depuis 25 ans, et débordé par la guerre antidrogue lancée par Rodrigo Duterte qui a fait près de 6 000 morts en 6 mois. En promettant d’éradiquer le trafic de drogue, le président philippin a déclenché une vague d’assassinats de trafiquants ou consommateurs présumés, tués à bout portant en pleine rue sans que cela soit suivi d’enquête ou de procès. Depuis ce gérant de pompes funèbres qui préfère rester anonyme et ses collègues récupèrent des corps anonymes chaque nuit. Ce sont tous les cimetières de la ville qui doivent gérer avec la violence de ces crimes et la pauvreté des familles concernées qui peines à réclamer le corps de leurs proches.

A Manille, c'est un reportage de Marianne Dardard.

Ici 5 personnes ont été enterrées en même temps"

- C'était quand ?

Le mois dernier.

Entre deux tombes, Sandro Gabriel, fossoyeur, désigne un simple amas de terre. Dessus crapahutent des enfants insouciants. Nous sommes à Manille au cimetière-bidonville de Pasay, l'une des municipalités les plus touchées par les tueries.

Pas de tombe ni de nom. Juste comme ça. On creuse... 6 pieds sous terre.

Mac Chris Tuazon est chargée d'enregistrer les inhumations.

On les identifie comme Monsieur X 1, Monsieur X 2, Monsieur X 3, etc. Si par exemple Monsieur X 1 a une grande cicatrice là, c'est notre seul moyen de l'identifier.

Dans ce cimetière, au total 15 corps non identifiés ont été enterrés dans les fosses communes. Des individus morts en général par strangulation, retrouvés la tête emballée dans du plastique, avec une pancarte sur laquelle on peut lire : "Je suis un drogué" ou "Je suis un dealer". Aux Philippines, ces victimes anonymes de la guerre antidrogue laissent craindre des tueries extrajudiciaires à plus grande échelle.

Car des familles n'osent pas réclamer le corps, raconte le croque-mort de Manille. Et faute d'identification, l'enquête est close.

Tous ceux qui sont tués sont des pauvres. Leurs familles n'ont même pas de quoi financer leurs obsèques.

Aux Philippines, les tarifs des obsèques s'élèvent jusqu'à 800 euros. Un coût exorbitant pour les plus démunis.

Au bout de deux à trois mois, ce sont donc les pompes funèbres qui enterrent les corps, à leurs propres frais.

Cela m'attriste, mais à chaque fois nous perdons de l'argent. Qu'y pouvons-nous ?

Avant de devenir président, Rodrigo Duterte avait plaisanté en promettant aux croques-morts qu'ils ne chômeraient pas, et même qu'ils deviendraient riches

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