Les décibels rugissent partout dans les rues de Londres, des britanniques mènent la fronde contre cette pollution sonore.

Oxford Street, avec les illuminations de Noël et un Père Noël à vélo, Londres, Royaume-Uni, 9 décembre 2016.
Oxford Street, avec les illuminations de Noël et un Père Noël à vélo, Londres, Royaume-Uni, 9 décembre 2016. © Reuters / Clodagh Kilcoyne

Noël se rapproche, et au Royaume-Uni, les magasins montent le son. Pour attirer les clients, les grandes enseignes de vêtement embauchent des DJs, poussent les décibels à la limite du supportable. Et toutes les chaines de supermarchés diffusent des chants de noël en boucle. Toutes ou presque. Car ces derniers mois, Marks and Spencer a décidé de renoncer à diffuser de la musique, sous la pression des associations qui luttent contre la pollution sonore. Reportage à Londres d’Antoine Giniaux.

17h30 sur Oxford Street, la rue déborde de silhouettes, chargées de sacs et de paquets. A l’entrée du magasin Top shop sur une estrade, deux énormes enceintes. Et un DJ, casque sur les oreilles. Les plus jeunes applaudissent.

J’aime la musique

Mais plusieurs clients rebroussent chemin.

- C’est trop fort ! On n’est pas dans une boite de nuit !

- C’est trop bruyant ! J’ai essayé d’acheter des choses, mais c’est impossible. C’est peut-être à cause de mes cheveux gris, mais bon. C’est trop bruyant pour moi.

- quelqu’un qui a 18 19 ou 20 ans, peut-être qu’il aime bien ça. Ca les aide à réfléchir, à se concentrer, à choisir, ça les inspire. Mais ce n’est pas pour moi.

Les vendeurs, eux, zigzaguent entre les rayons, Latifa l’une des vendeuses le reconnait les journées sont longues. Mais la musique fait partie de la stratégie commerciale.

Je ne vois pas où est le problème. Les gens viennent ici pour les vibrations, pour l’énergie. Moi aussi j’achète des choses et ça me plaît ! Ça me donne envie de rester à l’intérieur parce qu’il y a ma chanson. Et plus je reste à l’intérieur, plus j’achète donc c’est gagnant-gagnant !

Cette recette gagnant-gagnant, c’est celle qu’appliquent la totalité des magasins, ou presque. Pour la première fois cette année, les rayons de Marks and Spencer sont silencieux. La direction a décidé, il y a quelques mois, de couper le son. Après avoir reçu plusieurs milliers de messages de clients mécontents. Le responsable de cette campagne s’appelle Nigel Rodgers. Et c’est une première victoire pour Pipedown son association

On leur a écrit pendant 10 ans. Et puis ils ont changé de directeur cette année et il a réalisé qu’ils perdaient plus de clients qu’ils n’en attiraient. On espère que ça va faire réfléchir les autres sociétés. Jusqu’ici ça ne les a pas fait changer de politique, autant que je sache, mais notre prochaine cible, ce sont les coopératives. Elles ont plus de supermarchés en Angleterre que n’importe qui d’autre.

En attendant de réussir à convaincre d’autres supermarchés, Nigel Rodgers fait des émules. Son mouvement, relayé sur internet, est en train de donner naissance à d’autres associations a hors du Royaume uni.

On a reçu des messages du Vietnam, de Singapour, de la Chine. Beaucoup qui viennent de France et de Suisse. Y’a des gens en France qui essaient de lancer un mouvement. Je fais ce que je peux pour les encourager.

La musique est une chose merveilleuse. Merveilleuse ! Vous choisissez où et quand vous voulez l’écouter. Mais si vous êtes forcé de le faire, ça devient totalement le contraire. Une chose affreuse. Une vraie pollution.

Une pollution qui a des conséquences dans un pays ou le volume sonore des bars et des discothèques est lui aussi souvent au-delà des limites supportables. Près de 9 millions de britanniques ont des problèmes d’audition.

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