À Hennezis dans l'Eure, la patronne de l'onglerie du village a fermé sa boutique pour manifester samedi. Lundi le travail a repris mais la colère est loin d'être apaisée.

À Hennezis, dans l'Eure, Une partie des habitants est toujours mobilisée
À Hennezis, dans l'Eure, Une partie des habitants est toujours mobilisée © Radio France / Fiona Moghaddam

Sur la télé allumée en permanence, les images des mobilisations des gilets jaunes font réagir dans l'onglerie....

Tout ce qu'on entend la, ben c'est tout ce qu'on pense toute la journée. Voilà. Des taxes, des taxes, des taxes.

Si Diane, la patronne, est allée manifester le week-end dernier, il fallait reprendre le travail cette semaine : "J'ai ouvert parce que j'ai de la clientèle, je ne peux pas repousser, ce n'est pas possible. Entre nous on parle des blocages, on parle du fait que pour l'instant on n'entend pas grand-chose du gouvernement."

Sa cliente retraitée n'a pas participé au blocage, mais elle soutient le mouvement des gilets jaunes : "Le gouvernement il faut qu'il arrête hein, parce qu'on est trop taxés et tout, c'est pas possible. Nos revenus ils baissent et on ne peut plus rien acheter. Tout à l'heure on va faire juste de minima de courses. Les impôts ont flambé et tout, donc faut qu'il arrête."

Diane, la patronne de l'onglerie du village, avait fermé sa boutique pour manifester samedi. Sa colère n'est pas apaisée
Diane, la patronne de l'onglerie du village, avait fermé sa boutique pour manifester samedi. Sa colère n'est pas apaisée © Radio France / Fiona Mohaddam

Dans ce petit village de moins de 800 âmes, beaucoup s'inquiète de leur avenir, comme Ludivine, mariée, un enfant, un gilet jaune sur le tableau de bord de sa voiture : "On a du mal à finir les fins de mois et quand ça tape au portefeuille, on est obligés de payer pour aller travailler ! On a besoin de voiture sans ça on ne fait pas grand-chose, surtout quand on vit dans des campagnes. Si on n'a pas de carburant on ne fait rien quoi."

Et le carburant est un vrai budget pour cette famille : 60 km par jour pour elle, 2h30 de voiture pour lui, l'école de leur fils n'est pas non plus dans le village, alors la famille a préféré investir dans une carte de bus. 

Mais hormis le car scolaire, impossible de se déplacer en transport en commun explique cette retraitée, installée à Hennezis depuis deux ans avec son mari : "Il n'y a aucun transport dans le village, du coup on est obligés de sévir sur les courses et sur tout. Et plus de vacances non plus."

Comme les retraites ont baissé et sur ma pension on me pique de la CSG, on ne s'en sort plus quoi.

"Il faut que tout le monde descende dans la rue, explique son mari. Je ne vais pas rappeler mai 68 mais si ça ne bouge pas on va y retourner tout droit, eux ils ont eu gain de cause. Ça fait du dégât, mais si ils veulent rien entendre voilà quoi. 

Vous savez ce que je fais pour m'en sortir moi ? Ben je travaille au noir. 

"Parce pour ma retraite je touche 900 euros de la Carsat et 300 euros de la complémentaire… Une fois que vous avez tout payé il ne reste rien. On a fait rentrer le fuel et le bois pour le chauffage, on chauffe moitié-moitié. Le fuel domestique il a pris je ne sais pas combien C'est horrible. On va voir notre fille mais sinon on ne part pas en vacances."

Une situation que comprend bien la maire sans étiquette du village, Marceline Bertrand, même si, selon elle, d'autres causes auraient dû faire réagir : "Moi je reviens aussi au prix de la baguette qui était à 1 Franc et qui est passé à 1,10 €. C'est une priorité le pain ! C'est une base alimentaire, on me l'a toujours dit. Il y avait vraiment aussi à se manifester à ce moment-là. À chaque gouvernement il y a des choses qui sont aberrantes mais qu'on laisse passer. Bon cette manœuvre pourquoi pas, mais vont-ils aboutir à quelque chose… c'est autre chose."

Isabelle, elle aimerait que les mentalités changent. Une voix bien dissidente dans ce petit village.

"À un moment donné faut prendre nos responsabilités et puis accepter qu'il faut bien payer à un moment ou un autre. Ce n'est pas toujours facile mais faut faire des choix et considérer un petit peu tout ce qu'on a par ailleurs, tout l'ensemble des prestations dont on dispose en France : notre police, notre justice, notre éducation, on peut aller jusqu'aux études supérieures sans avoir à payer, chose qu'on n'a pas dans certains pays d'Europe. La protection sociale il ne faut pas l'oublier non plus. Vous êtes soigné sans qu'on vous dise comme aux États-Unis 'sortez votre carte pour que je vous soigne'. Il faut être un petit peu cohérent et puis oui ce n'est pas toujours évident, mais il faut être réaliste on ne peut pas avoir tout et son contraire."

Les gilets jaunes du village espèrent eux que le mouvement continuera jusqu'à obtenir satisfaction.

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