Le conflit se durcit autour du projet Cigeo, qui continue d'avancer. L'Andra a décidé d'ériger un mur tout autour du bois situé au-dessus du futur centre, pour en interdire l'accès

Le laboratoire de Bure teste, depuis le début des années 2000, la faisabilité d'un stockage géologique
Le laboratoire de Bure teste, depuis le début des années 2000, la faisabilité d'un stockage géologique © Radio France / Angeline Demuynck

Le projet d'enfouissement de déchets radioactifs à Bure (Meuse) doit accueillir les résidus les plus radioactifs et ceux qui ont la durée de vie la plus longue. Ces déchets seront enterrés à 500 mètres sous terre. Ce projet Cigeo fait l'objet de contestations depuis 20 ans, mais avance doucement.

Le 12 juillet dernier, le Parlement français a donné son feu vert à la poursuite du projet de Centre industriel de stockage géologique (Cigeo) à Bure. Il doit accueillir à terme 3% du volume total des déchets les plus dangereux produits en France. La décision finale d'exploitation reviendra à l'exécutif, après enquête publique sous le contrôle de l'autorité de sûreté nucléaire, vers 2025. En cas d'autorisation, une première phase industrielle sera menée pendant cinq ans, et les premiers déchets ne seront stockés qu'à partir de 2030.

Bien que le projet Cigéo ne soit pas encore totalement validé, l'Andra, l'Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs, l'établissement public chargé d'enfouir les déchets nucléaires, a installé un laboratoire souterrain, à proximité du futur site de Cigeo, où elle teste la capacité des couches argileuses à stocker les déchets nucléaires.

Cigeo est conçu pour stocker sous terre 80.000 mètres cubes de déchets nucléaires générées par les 19 centrales françaises. Des matières dites HA de haute activité et les matières MA-VL, moyenne activité à vie longue. Ces matières hautement radioactives arriveraient à Bure par train spécial, à raison de deux par semaine. Une usine de conditionnement serait installée à l’arrivée pour préparer les colis à leur "manutention". 300 kilomètres de galeries seront creusées à 500 mètres sous terre.

Alain Roland est directeur adjoint du centre l’Andra à Bure :

"Des containers inox sont censés contenir des déchets à moyenne activité vie longue, qui vont être mis dans des containers en béton de façon à pouvoir les manutentionner. Ils seront descendus ensuite par une pente de 12%, sur un peu plus de 4 kilomètres de long, et ensuite, des robots les disposeront dans les alvéoles qui auront été préalablement creusées".

Infographie : le Cigéo
Infographie : le Cigéo / Andra

300 km de galeries seront creusées à 500 mètres sous terre dans une couche d'argile qui doit servir de barrière ultime. En attendant l’Andra s’entraîne à blanc dans des tunnels à échelle réduite creusée à quelques encablures à la même profondeur (c’est ce qu’on appelle le laboratoire souterrain).

Marc-Antoine Martin, responsable de la communication du site :

"Il faut imaginer que les colis sont placés à 490 mètres de profondeur, au milieu d'une couche d'argile, qui elle fait à peu près 130 mètres d'épaisseur. Quand le stockage sera rempli dans plus d'un siècle, tout est fermé".

Pendant 100 ans, le stockage doit être réversible. Les générations doivent pouvoir récupérer les déchets radioactifs, une porte de sortie si jamais la science progresse.

Mais depuis 10 ans les opposants ne désarment pas. Laura du réseau sortir du nucléaire :

C'est un projet complètement fou, démentiel et très dangereux. C'est le risque à long terme de fuite, en plus de celui d'explosion, d'incendie, et c'est aussi deux trains par semaine pendant cent ans" Laura, du réseau Sortir du nucléaire.

L'Andra est en train d'ériger un mur autour du bois Lejuc
L'Andra est en train d'ériger un mur autour du bois Lejuc © Radio France / Sandy Dauphin

Un "mur anti-zad"

Le conflit se durcit autour du projet. Le week-end dernier, les opposants ont tenté de réoccuper le bois Lejuc situé au-dessus du futur centre de stockage. L’Andra a décidé d'ériger un mur tout autour du bois pour en interdire l'accès, un mur de béton de deux mètres de haut sur trois kilomètres. Les travaux ont commencé il y a dix jours.

L’Andra veut ainsi éviter les intrusions et continuer tranquillement ses travaux préliminaires. Des forages jugés illégaux par les opposants puisque Cigeo n'est encore qu'un projet.

Argument retoqué par Jean-Paul Baillet directeur général adjoint de l’Andra :

Ce mur préfabriqué est construit parce que tous les travaux préliminaires de l'Andra et tous les instruments installés systématiquement sabotés et détruits. Donc s'il n'y avait pas eu de sabotage il n'y aurait pas eu de clôture, le bois Lejuc appartient à l'Andra, ça peut contrarier mais c’est comme ça.

Le week-end dernier, les manifestants ont tenté de revenir dans le bois qu'ils ont occupé fin juin avant d'en être expulsé. Il y a des heurts avec la police, avec des vigiles, ils ont été repoussés. Un opposant qui se fait appeler Michel préfère parler de repli stratégique :

Il y a une unité de gendarmes mobiles affectée en permanence à la sécurisation du chantier, sans compter la quinzaine de vigiles ultraviolents. Donc forcément la possibilité d'une occupation pérenne, telle qu'elle pouvait être en juin, n’est plus tout à fait la même. Il faut donc repenser stratégiquement les multiples actions à mener

Comme cibler par exemple les entreprises sous-traitantes et les camions de chantier qui passent à Bure.

Cigeo sera implanté sur la commune de  Bure dans la Meuse : les 82 habitants cohabitent en ce moment avec les opposants au projet
Cigeo sera implanté sur la commune de Bure dans la Meuse : les 82 habitants cohabitent en ce moment avec les opposants au projet © Radio France / Sandy Dauphin

La demande d'autorisation pour Cigeo, sorte de permis de construire, sera déposée en 2018. Le gouvernement devrait se prononcer en 2021. La demande d'autorisation pour Cigeo, sorte de permis de construire sera déposée en 2018. Le gouvernement devrait se prononcer en 2021. Une phase industrielle pilote serait lancée pendant 5 à 10 ans avant l'arrivée des premiers colis radioactifs en 2030. Le coût du projet a été estimé récemment à 25 milliards d'euros par la ministre de l'environnement Ségolène Royal.

POUR EN SAVOIR PLUS

► Interception du 20 mars 2016 - Bure : nos déchets nucléaires à 1500 pieds sous terre
► Une enquête de Jacques Monin de février 2016 - Nucléaire : la facture cachée du démantèlement

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