Entretien exclusif avec le patron du nouveau département Cyber de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure Patrick Guyonneau. Il revient, pour France Inter, sur les relations avec la DGSE, avec les pays hostiles et les pays "amis", ou le recrutement des futurs cyber contre-espions.

Pour la première fois, la DGSI évoque ouvertement son nouveau département de cybercontrespionnage
Pour la première fois, la DGSI évoque ouvertement son nouveau département de cybercontrespionnage © Radio France / Emmanuel Leclère

Après le ministère de la Défense qui a dévoilé en fin de semaine dernière les capacités offensives de sa nouvelle armée cyber, avec des forces spéciales numériques du côté de la DGSE notamment, l'autre grande agence de renseignement, la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) s'est également mise en ordre de bataille avec la création en septembre dernier d'un "département cyber".

Entretien exclusif et inédit avec le patron de cette unité classée secret défense, à l’occasion de l’ouverture à Lille ce mardi matin du Forum international de la cybersécurité, avec, entre autres, la présence du secrétaire d'État au ministère de l'Intérieur, Laurent Nunez, qui est aussi... l’ancien patron de la DGSI.

Patrick Guyonneau est le chef de la Sous-direction technique de la DGSI, il a désormais une centaine de "cyber contreespions" à sa disposition, regroupés dans un même lieu à Levallois-Perret près de Paris.  

On avait plusieurs équipes disséminées au sein de nos différentes structures, le but, en rassemblant toutes ces expertises, est d’augmenter notre force de frappe, face à une menace cyber qui est de très haut niveau 

L’objectif, pour la DGSI, est de rapidement monter en puissance en multipliant par trois ses effectifs d’ici deux ans. À condition de trouver les bons agents, des surdoués en informatique, qui ne viendraient évidemment pas à la DGSI pour le salaire proposé : "On vend le fait que travailler pour la DGSI a du sens, le côté furtif et secret aussi d’un service de renseignement avec la possibilité d’aller très loin avec des outils techniques, que n’ont pas et ne peuvent pas avoir les entreprises privées. On cherche aussi à jouer la corde du patriotisme, la protection des intérêts fondamentaux de la nation".

L'expérience SAFRAN

La DGSI pourra peut-être attirer de futurs contre-espions en racontant comment, avec le FBI (qui a dévoilé l’histoire en septembre dernier), l’agence a réussi à déjouer un cyberespionnage très poussé contre le groupe français aéronautique Safran. L’un des auteurs présumés d’origine chinoise est aujourd’hui en détention provisoire aux États-Unis.

Un dossier judiciairement en cours et diplomatiquement très sensible, que n’a pas souhaité commenter le patron du nouveau département cyber de la DGSI, même s’il reconnait que c’est bien le genre de dossier qui est ciblé en priorité. 

Moins de conflit avec la DGSE

Aujourd’hui, Patrick Guyonneau affirme que ses troupes s’inscrivent dans un schéma national de coopération stratégique avec les deux autres grandes institutions de cyberdéfense des intérêts français que sont la DGSE et l’Agence Nationale de Sécurité des systèmes d’Information (l’ANSSI) :  "Il y a eu des difficultés par le passé mais on se parle désormais tous les jours, on échange nos renseignements". 

Pour le patron de la sous-direction technique de la DGSI, l’ampleur de la menace cyber est telle qu’il y a de toute façon largement du travail pour tout le monde, dans le renseignement comme en judiciaire, avec les départements spécialisés de la police et de la gendarmerie.    

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