MCS : la maison est habitée depuis décembre 2013
MCS : la maison est habitée depuis décembre 2013 © Thibault Lefèvre / Thibault Lefèvre

C'est une première en Europe : depuis un peu plus de six mois, 15 personnes souffrant d'hypersensibilité chimique multiple vivent dans un immeuble anti-allergène dans la banlieue de Zurich en Suisse.

Dépressions, migraines, fatigues chronique, problèmes de concentration... leurs souffrances sont dues aux champs électromagnétiques et aux émanations chimiques. Ces maladies ne sont pas reconnues par l'immense majorité des médecins. Pourtant, un bâtiment a été créé sur mesure pour leur permettre de vivre loin des antennes relais et des matériaux chimiques. C'est un reportage de Thibault Lefèvre.

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Vraies maladies ou troubles psychosomatiques ? Ce qu'ils en pensent...

Architecte, chef de projet, chimiste et médecin, ils ont cotoyé pendant près de six ans ces malades d'un genre un peu particulier. Vraies maladies ou troubles psychosomatiques ? Ils donnent leur avis.

Andreas Zimmermann, architecte

Andreas Zimmermann
Andreas Zimmermann © Thibault Lefèvre / Thibault Lefèvre

Ce n'est pas possible de construire une maison pour ce genre de personnes si vous ne vous autorisez pas à prendre en compte l'irrationnel.

"Pendant tout le projet, nous avons eu beaucoup de bonnes vibrations. Ces gens ont été de l'avant mais d'un autre côté nous avons eu à gérer des changements de plannings réguliers. Nous sommes partis du principe qu'il fallait les prendre très au sérieux. Parfois, quand nous avons eu des résultats qu'ils soient scientifiques ou irrationnels, on se disait souvent, non, ce n'est pas possible, pourquoi doit-on recommencer ? Au bout du compte, ça a été très intéressant d'appréhender leurs sentiments et leur vie. Ce n'est pas possible de construire une maison pour ce genre de personnes si vous ne vous autorisez pas à prendre en compte l'irrationnel."

Marianne Dutli Derron, chef de projet

Marianne Dutli Derron, chef de projet
Marianne Dutli Derron, chef de projet © Thibault Lefèvre / Thibault Lefèvre

C'est probablement le fruit de leur imagination mais pour eux, c'est la réalité.

"C’est parfois difficile à comprendre : certaines personnes ne peuvent pas vivre avec du bois, d’autres avec de la pierre, certaines ont des problèmes avec les téléphones. C’était assez difficile de saisir les obstacles qu’il fallait surmonter. Mon opinion personnelle, c’est que la première fois que j’ai vu ça, j’ai trouvé ça assez fou mais quand j’ai commencé à mieux connaître ces gens, j’ai compris que c’était un vrai problème pour eux. Ils ont cette sensibilité et personne ne les croit. Ce n’est pas toujours facile de trouver la patience d’avancer avec ces gens. Je pense qu'ils ont vrai problème, c'est probablement le fruit de leur imagination mais pour eux, c'est la réalité. Ils ressentent ces souffrances physiquement. Je suis très heureuse de ne pas avoir ce type de problème parce qu'il est très difficile de vivre avec ça. Beaucoup de pensent qu'ils sont simplement fous."

Ueli Kasser, chimiste, spécialiste de l'environnement

Ueli Kasser, chimiste, spécialiste de l'environnement
Ueli Kasser, chimiste, spécialiste de l'environnement © Thibault Lefèvre / Thibault Lefèvre

Ils ne peuvent plus se plaindre parce qu'on les a pris au sérieux pour la première fois.

"Il y a beaucoup de différences entre les gens, ils souffrent de plusieurs pathologies : il y a des gens qui souffrent au contact du bois, d'autres qui le supportent très bien. J'ai même rencontré une femme qui disait souffrir du verre ce qui est incompréhensible pour un scientifique parce qu'il n'y aucun impact du verre sur l'environnement. Ce sont des gens qui étaient très seuls, ils ne sont pas compris par leur entourage parce qu'ils sont spéciaux. Dans cette maison, ils sont ensemble. Ils doivent maintenant se comprendre, ils doivent communiquer. Ce sont des individualistes et ce n'est pas facile. Si j'y allais un peu fort, je pourrais dire qu'ils ne peuvent plus se plaindre parce qu'on les a pris au sérieux pour la première fois. C'est une situation étrange pour beaucoup d'entre eux. Ce sont des gens qui peuvent se plaindre de tout, c'est leur concept psychologique. Ce n'est certainement pas tout le monde mais il y a des gens qui sont comme ça. S'il n'y a plus de raison de se plaindre, une partie de leur vie disparaît. Ce changement peut poser des problèmes au niveau psychologique."

Klaus Tereh, médecin spécialiste en neurothérapie

Klaus Tereh, médecin spécialiste en neurothérapie
Klaus Tereh, médecin spécialiste en neurothérapie © Thibault Lefèvre / Thibault Lefèvre

Quand les émissions sont absentes, il n’y a pas de symptômes. C’est très clair.

"La psychologie joue un rôle très important dans toutes les maladies mais dans cet immeuble, il est clair que les influences des émissions chimiques ont été éliminées. Les patients vivent cette expérience : s’ils sont dans un espace sans émission, ils vont très bien. Les symptômes sont produits par les émissions. Quand les émissions sont absentes, il n’y a pas de symptômes. C’est très clair."

Ce qu'en pensent les institutions

L'hypersensibilité chimique multiple n'est pas reconnue par la majorité des médecins et des institutions.

Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, si l’exposition aux ondes peut provoquer “des modifications biologiques transitoires, celles-ci n’ont pas d’effets avérés sur la santé”. Le seul effet biologique avéré concerne le sommeil. L’ANSES recommande la réduction des expositions quand c’est possible.

L’Organisation Mondiale de la Santé a classé en mai 2011, les champs électromagnétiques radiofréquences comme “peut-être cancérogènes.” : “Il n’existe ni critère diagnostique clairs pour ce problème sanitaire, ni base scientifique permettant de relier les symptômes à une exposition aux champs électromagnétiques.”

Le Conseil de l’Europe dans une résolution de 2011 estime qu'il faut “porter une attention particulière aux personnes atteintes d’une intolérance aux champs électromagnétiques et prendre des mesures spéciales pour les protéger en créant par exemple des zones blanches non couvertes par les réseaux sans fil”.

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